Mon Petit Néant

Mon petit néant

 

 

Il est des instants où la vie nous fait taire.

Quand la mer s’emporte et que le vent fouette les voiles jusqu’à les rompre, on comprend soudain combien on n’est rien. L’océan se cabre, les vagues montent plus haut que les prières, la coque craque sous la tempête : il ne reste plus rien de nos certitudes. Un souffle à peine.

Le monde continue de tourner, indifférent à notre frêle embarcation. Tout chavire, sauf le ciel.


On se sent alors tellement petit. On le ressent dans son corps, on en fait l’expérience : les éléments sont plus forts que nous. On éprouve dans tout son être cette vérité nue : nous sommes des petits riens du tout. Si petits.

 

Il y a l’orage aussi, ce tonnerre qui fend le silence, ces éclairs qui griffent le ciel. À cet instant précis, on a l’impression que, face à cette nature, face à cette électricité si puissante, nous ne sommes pas grand-chose. Nous sentons que nous ne maîtrisons rien. Que nous n’avons pas vraiment le contrôle sur ce qui arrive. C’est bien là ce qui nous déconcerte.

 

J’ai parfois ressenti ces mêmes sensations dans la clameur de la foule, dans la rumeur de la colère humaine. Perdue au milieu d’elle, pleine de revendications, j’expérimentais qu’un simple mouvement de tous ces corps agglutinés les uns aux autres pouvait m’emporter. Là encore, je perdais l’assurance que je contrôlais quoi que ce soit.


C’est le même genre de pensées qui me vient lorsque je me rappelle le vertige d’un regard jeté depuis un gratte-ciel ou dans le silence d’une salle, juste avant de chanter ou de prendre la parole devant tout un public. Chaque fois, le même frisson : celui de notre petitesse.


C’est un appel à déposer l’orgueil de vouloir tenir debout tout seuls.

 

Face à un aigle royal qui plane très haut, face à la question à laquelle on ne sait que répondre, face à la mort qui approche ou à la vie qui surgit, tout se réduit à l’essentiel. Nous comprenons que nous sommes une petite poussière, un instant, rien de plus.


Si les éléments de la Création nous disent quelque chose de la grandeur de Dieu, tandis qu’en même temps nous comprenons que nous sommes « néant », qu’en sera-t-il devant Dieu lui-même ? Lui qui est pur Esprit, Créateur de tout l’univers, Rédempteur incarné dans son Fils, Esprit d’Amour.


Le vertige parfois me prend. Pourtant, la grandeur ne m’écrase pas : elle m’enveloppe.

 

« Plus je me vois pauvre, plus cela me donne de joie devant Dieu. »


Être petit, c’est laisser tout l’espace pour vivre d’Amour. Le néant que je suis n’est pas pour autant plongé dans le désespoir. Bien au contraire. Cette pauvreté radicale de l’être éclaire : elle nous rend disponibles à la grâce, elle ouvre à la confiance.
Dans ce dépouillement, je trouve la paix. Celle de l’enfant endormi dans les bras de sa mère. Il ne sait rien, il ne demande rien. Il se laisse porter.

Le Christ murmure au fond du cœur :


« Ne crains pas ton néant. C’est par là que Je passe. »

Alors je n’ai plus peur. Plus du tout.


Le Christ le dit à Luisa : "le sentiment de néant ne doit jamais être séparé de l’esprit de foi. Sans quoi, loin de nous apaiser, il risquerait de nous décourager". Il s’agit, dans un même mouvement, de reconnaître son néant et de garder confiance en Dieu. L’un ne va pas sans l’autre.

Se reconnaître petit devant la grandeur divine, c’est se laisser porter.

Le petit néant découvre qu’il est aimé. Il goûte à cet Amour. Il cesse de tout contrôler, il cesse de se croire quelqu’un.

En vérité, il est désormais heureux de s’en remettre à plus grand. Dans la confiance.
Cette dépendance, loin d’être une privation de notre liberté, est un vrai repos, puisque nous sommes faits pour Dieu.

 

Joie d’être petit néant.

 

 

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