Les Bonnes Résolutions (Carême)

Les Bonnes Résolutions

 

(Carême)

 

Il y a celles qu’on prend à l’aurore de la vie, pour garder la forme, garder la ligne, garder l’amour, garder la joie, garder tout court, garder n’importe quoi.

 

Il y a celles du milieu de la vie, celles qu’on prend à la va-vite, histoire de continuer. Pour conserver ce qui est, protéger les acquis, soigner l’innée, croire encore à son rôle, sa fonction, sa mission, son indispensable ego.

 

Il y a celles enfin de l’âge mûr, celles qu’on glisse un peu à contre cœur, mais enfin, il faut bien y croire encore un peu. Rien qu’un peu. Pour bien vieillir, rattraper son retard, profiter de ce qui reste, faire plaisir.

 

Et puis…

 

Il y a celles qu’on ne prend plus. Et même plus du tout. Et même surtout plus. Parce que la vie nous a appris. Que nous a-t-elle appris d’ailleurs ?

 

Qu’on est des tout petits qui ne savent rien tenir, rien garder, rien changer. Mais alors rien du tout. Par nous-mêmes, avec nos propres forces, rien ne tient, rien ne dure. Cela tient tout au plus quelques semaines à peine.

 

L’inscription à la salle de sport, le décompte des calories, les espoirs pour sa famille, les projets de voyages, la clope en moins, les écrans retirés, les amis à ne pas oublier. Tout cela, après quelque temps, tout cela s’effiloche et retombe.

 

Nos résolutions sont une fatigue que j’ai depuis longtemps mise de côté. Je ne garde que les plus intimes, les plus secrètes, les plus mystiques. Rien de plus. Rien de moins. Toutes celles qui relèvent de la sphère familiale, amicale, corporelle et même religieuse : fini. La cloche a sonné la fin de la récréation.

 

Seul reste le réalisme d’une vie spirituelle épurée, débarrassée du superflu, des illusions de l’ego, de la gloriole et de la vanité.

 

Je remets mes bonnes résolutions entre les mains de Dieu qui se charge de m’aider à les tenir, mieux encore, de les vivre en moi.

 

Que je réussisse ou pas, que je touche à la ligne d’arrivée ou pas, que j’avance ou recule, que le trophée de la victoire attende mon baiser, rien de tout cela n’a plus aucun intérêt.

 

La finalité de nos résolutions, est-ce moi ? Est-ce Dieu ? Est-ce l’Amour ? Ou l’amour de moi ?

 

Je célèbre avec allégresse tous mes ratés résolutoires, mes chutes d’utopie, mes espérances vaines, mes concurrences internes, mes échecs réitérés.

Si mes résolutions ne servent pas l’Amour, elles sont aussi trompeuses qu’inutiles.

 

L’oblativité d’un amour véritable pousse naturellement à l’abnégation, au dépouillement, au sacrifice, au don de soi, autant de mots désuets, ringardisés, ignorés même.

 

Alors, voilà, je prends encore quelques résolutions. Mais plus les mêmes qu’à mes vingt ans, ni même qu’à mes quarante ans.

 

Pour autant, je ne les range pas au fond d’un tiroir non plus. Ce serait du découragement, et donc encore une forme d’orgueil. Je ne saurais me contenter de « suivre mon instinct ». L’instinct, si collé à la terre.

 

Je vous annonce une bonne nouvelle : je prends des résolutions. Encore.

 

Ma motivation n’est que l’Amour.

Enfin, j’y tends.
Enfin, j’essaie.
Enfin, je le désire.
Je le souhaite.

 

Car je ne suis pas meilleure que d’autres.

 

Que mon intention soit pure, et ma résolution à elle seule sera déjà un acte d’Amour.

Après tout, c’est tout ce qui compte.

 

Non pas tenir.
Non pas gagner.

 

Mais aimer.

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