Les Ailes de l'Aurore
J’ai rêvé sans dormir pendant une nuit d’insomnie. Voici l’histoire :
Je prenais les ailes de l’Aurore (*). À voguer sur les vagues du vent, je ne rencontrais ni les anges ni aucun signe du Divin. Pourtant, les plumes invisibles de mon âme ne se lassaient pas de mes envolées. Je surfais sur l’écume des jours, emportée par une espérance invincible qui venait d’en haut, du dessus des nuages sous lesquels je volais.
Plus mon voyage durait et plus je me rendais compte à quel point le monde souffrait. On aurait dit un enfant abandonné. Partout, je voyais des écrans qui diffusaient les guerres, les morts, les blessés, les horreurs et les cruautés humaines. Je n’en pouvais plus de ces violences innombrables, de tant de vilénie. L’abjection répandue partout sur la terre me donnait la nausée ; mes ailes frissonnaient devant cette vision épouvantable.
Alors que ma randonnée céleste se poursuivait entre désastres et larmes, j’entendis un chant s’élever autour de moi : « Ave Maria, Gratia Plena, Dominus Tecum…..Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis… ». Je reconnaissais ce chant. Je le vis s’étendre en tout point sur le globe terrestre. Il enveloppait tout, comme un voile de soie posé sur les épaules d’une âme fatiguée.
Tout respirait la suie, les sanglots, la morbidité des jours sans espoir. Tout étouffait sous le poids de l’amertume, de la noirceur et du sordide. Je regardais monter du sol les fumées des canons, les volutes de cendre, les enfants perdus. Alors que cette déambulation terrible poursuivait son chemin, j’entendis de nouveau les paroles de cette harmonie revenir m’étourdir : « Ave Maria, Gratia Plena, Dominus Tecum….Sancta Maria, Mater Dei…ora pro nobis ». La pureté des voix qui entonnaient ces mots avait la même suavité que les cordes d’une harpe quand le zéphyr les caresse. Le tout avec une fluidité d’une beauté à nulle autre pareille.
J’en restais muette. Attentive, je fermais les paupières. Mon périple n’avait besoin que de mon cœur, bien plus que de mes yeux. Je restais subjuguée par la mélodie qui parcourait tout l’univers. Ce refrain si grand, si beau, embaumait de son parfum tous les recoins de la planète. J’aurais aimé que ce pèlerinage unique ne cesse jamais. Je sentais, sans le comprendre, que ces mots psalmodiés portaient en eux-mêmes la vertu de guérir, de transformer, de consoler. Revêtu de son manteau de grâce, le chant prenait la forme d’un mouchoir pour assécher les rivières en pleurs et le sang des plaines délaissées.
Plus j’avançais, plus la voix semblait suivre mon parcours. « Ave Maria ». Marie couvrait de sa chaleur maternelle l’univers blessé. Elle semait son sourire sur les forêts silencieuses ; son regard illuminait de sa bonté toutes les parties du cosmos.
Qu’il était beau mon rêve. Tant d’évasion, de réconfort et de beauté. Tant de grandeur et tant d’amour….
Avec son sceptre de commandement, sa couronne royale et son manteau d’azur, Marie Reine n’était que tendresse infinie.
Qu’il était beau mon rêve. Tant de joie, de quiétude et de paix. Tant de Grâce et tant d’amour….
(*) : Ps 139/9
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