Chapitre : les liens et les distances

Preuve de dépôt sur DPP

Mon ami,


Vous me manquez.
Vous connaissez à présent les raisons de notre séparation. J’espère que vous l’avez compris. La chanson de Céline l’exprime si bien : « S’il suffisait d’aimer ». Oui, s’il suffisait.
Mais non, nous ne pouvons pas toujours le donner à qui l’on voudrait, à qui en a besoin, à qui n’en a jamais reçu.


S’il suffisait, nous arrêterions les guerres, les violences et les querelles. Mais la liberté fait et défait. Même l’Amour qui ne peut tout offrir.

J’aimais l’idée de vous aimer comme on boit à la source jaillissante, comme on prend l’eau du puits, comme on aime lorsque l’on a vingt ans. Mais voilà, tout n’est pas accessible, ni même souhaitable. Même l’amour qui ne peut tout guérir.


Vous êtes le grand absent de mon portable, l’oublié de mon salon. On dirait que les murs s’éloignent et me laissent leurs déchirures, je vois un grand trou sur le côté du bureau, une fleur fanée dans son vase que je n’ose jeter. C’est ainsi, tout n’est pas habitable. Même l’amour qui ne peut rapprocher.


Je reste assise sur le fauteuil à écrire ma prose, j’arrose mes plantes, je couds un peu mais dans le fond, le vertige du manque habite toutes mes occupations. On dirait un vieux film dans un cinéma désert. Que les âmes s’attristent quand l’aimé n’aime pas, quand l’aimé est parti, quand l’aimé ne veut pas. Même l’amour si désirable ne peut l’éviter.


Branchée quelque part entre votre âme et la mienne, entre ici et vous. Que sont étranges ces attirances improbables qui ne procurent au final que des pleurs et quelques souvenirs. Même l’amour en larmes ne peut se consoler.


Ce matin, j’ai vu un enfant qui courait une fleur à la main, il traversait à toute vitesse la rue pavée, baignée par la lumière du jour. On aurait pu croire que le Soleil venait de lui, qu’il irradiait le mois d’Avril, ses grands yeux bleus reflétaient si bien le ciel. A lui tout seul, il était le printemps. Je me trompais. Même l’Amour ne peut empêcher l’automne.


Le silence enveloppe mon philodendron qui cherche le soleil, il grimpe haut vers mon plafond, la vie le pousse et le tire, loin de l’ombre. Les racines protégées, il ne cesse de grandir le long du mur, il semblerait que rien ne saurait l’entraver. De plus en plus fort. Même l’Amour qui ne peut s’arrêter.


Vous me manquez. Je me console. Je me dis que même loin de vous, la vie et le temps continuent de passer, et que, malgré la distance, malgré tout, nous vivons encore, nous aimerons encore, nous oublierons sans doute. Enfin, peut-être. Même lorsqu’il meurt, l’Amour n’oublie jamais.


D’ailleurs, est-on si sûr qu’il meurt un jour ?


Sylvie.

 

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