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Quand tout déborde

Dans le chapitre : Quand Tout déborde

(ou surcharge autistique)

 

Aujourd’hui, nous avons acheté un aspirateur qui doit être connecté au wifi pour fonctionner…
Inutile de revenir sur les raisons : ce fut une catastrophe.

Impossible de réussir les connexions, les paramétrages, les mots de passe, les clés wifi, les e-mails, et tout le reste.
Après des heures d’efforts inutiles, j’ai craqué.

Une crise de colère invraisemblable.
J’aurais dévoré la terre entière si j’avais pu.

Comme si cela ne suffisait pas, une administration m’a demandé, pour la seconde fois, une information… et je me suis trompée.
Conclusion : je vais peut-être encore avoir des problèmes avec eux.

Je suis dans un tel état de nerfs que, si je pouvais, je donnerais des coups de poing au premier passant venu.
Ou à un tronc d’arbre.
Ou à un mur.
Je ne sais pas.
Mais j’ai besoin de taper, de cogner, de cracher, d’hurler.

Non seulement ces soucis matériels m’ont envahie, mais, intérieurement, tout s’est effondré.
Spirituellement aussi.

Incapable de tenir les engagements que je m’étais fixés depuis des mois.
Tout a cédé en vingt-quatre heures.

Je suis comme branchée à une prise électrique.
Du 220 volts qui circule dans l’appartement.
Une fureur sans objet précis, ou plutôt contre tout : le monde, le numérique, les hommes, les chiens, le passé, l’avenir, le présent…
Même la vaisselle.

Tout.
Tout.
Tout.

Je me demande même si, ce soir, je n’en veux pas un peu au Bon Dieu de m’avoir si peu secourue, ou simplement soutenue.
Si je pouvais le regarder droit dans les yeux, je lui dirais peut-être :

« Tu sais que j’essaie d’avancer vers toi autrement… et en quelques heures, tout s’écroule.
Merci pour le coup de main. Vraiment. »

Je suis énervée, irritée, furieuse.
En rage.

Ah, si seulement je pouvais casser quelque chose.
Fracturer quelque chose.

Car cette déroute extérieure réveille tout le reste :
les chagrins récents,
les déceptions encore fraîches,
les pertes silencieuses.

Je sais presque ce qu’il me faudrait : me saouler, fumer une cigarette, disparaître un instant de moi-même.
Mais je n’ai jamais bu.
Je n’ai jamais fumé.

Alors il reste ça : sentir.

On va encore me dire que ma réaction est disproportionnée.
Que j’exagère.
Qu’il y a pire.

Mais non.
Ce n’est pas rien.

Ce n’est pas rien d’avoir investi de l’argent pour soulager les douleurs de sa mère, dans un appareil qui refuse d’obéir.
Ce n’est pas rien de perdre des amis en quelques semaines.
Ce n’est pas rien de vaciller pour mille autres raisons invisibles.

Oui, il y a les guerres, les famines, les violences du monde.
Et moi, je m’écrase au sol pour un aspirateur récalcitrant, une amie perdue, un amour regretté, un formulaire mal rempli.

Mais est-ce que cela rend ce que je ressens moins réel ?
Moins vrai ?

Devrais-je faire comme si cela n’existait pas ?
Comme si, une fois de plus, j’avais tort ?

J’ai beau raisonner, ce soir, tout est vain.

Alors je tente de me calmer.
Musique à fond dans les oreilles.
Comme un barrage fragile contre la tempête.

Peut-être retrouverai-je un peu de paix.
Juste assez pour prier.
Juste assez pour revenir à l’intérieur.

Mais passer directement de la rage à la méditation, je ne peux pas.
J’ai besoin d’un sas.
D’un espace pour redescendre.
Pour laisser l’émotion s’éloigner, lentement.

Un tel volcan ne se calme pas en quelques minutes.

J’ai besoin de temps.
Voilà.

Ce n’est pas très glorieux.
Mais j’en suis là ce soir.

Le nez contre la terre,
le cœur en bandoulière,
et les yeux pleins de larmes.

 

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