Preuve de dépôt sur DPP
Le Soleil est parti sans mon écriture
(Partie 4)
Aujourd’hui, je ne me suis pas placée près de ma grande fenêtre, le soleil s’est enfui, les oiseaux aussi. Les carreaux pleurent des larmes de pluie ; le sourire un peu figé, j’ai vu qu’ils me regardaient avec regret. Ma proximité leur manque, mais je préfère rester à mon bureau, loin d’eux. Leur chagrin me pèserait bien trop.
Le ciel est gris, les fleurs dégoulinent, les toits ruissellent et les bourrasques de vent récitent leur rengaine insolente. Même les arbres ne cessent d’essorer les gouttes qui les recouvrent ; les cheminées, par contre, lèvent leur index vers l’horizon. Quant aux voitures du parking, elles roulent beaucoup : les habitants ne veulent pas être mouillés.
Voilà le décor, il a bien changé, n’est-ce pas ? Aurais-je, par ce temps pluvieux, un peu plus d’inspiration que les jours précédents ? Je n’en suis même pas sûre. Les grandes baies vitrées des bureaux de l’immeuble d’en face sont toutes grises, d’un gris métallique ; on dirait qu’elles ont mangé un corbeau, un de ceux qui sont tout noirs et qui croassent comme s’ils étaient des stars alors qu’ils ne le sont pas.
Le mois de novembre est revenu en plein cœur du mois d’avril. Il est arrivé cette nuit, escorté par des nuages migrateurs, comme ça, sans prévenir. C’est un peu sans gêne comme conduite, mais nous n’y pouvons rien. Au petit matin, lorsque j’ai compris que nous n’aurions pas de beau temps, j’en ai pris mon parti. Ce sera une journée comme je les aime, un appel à l’intériorité, un temps à ne pas mettre un pied dehors. Tant mieux. Un tel climat est tout aussi propice à l’écriture que l’arrogance de la chaleur en plein été.
Que vous dirais-je ce soir ? Tout pleure à l’extérieur tandis qu’ici, blottie dans mon antre refuge, je suis au sec. Je n’entends rien, si ce n’est, une fois de plus, le bruit que font mes doigts qui tapent sur le clavier. J’aimerais envoyer des mots d’amour vers les cieux pour qu’ils lèvent leurs rideaux mouillés ; je souhaiterais sécher les murs, éponger les sanglots des feuillages inconsolables.
Et puis, à bien y regarder, cette tristesse ne vient pas seulement de la pluie. On dirait, c’est assez soudain, que tout se courbe, que tout se plie, que tout se tord d’une douleur sans nom, celle qui est là, en creux, celle qui gémit, si cruelle. Il faut dire qu’il y a de quoi : entre les guerres à trois heures d’avion d’ici et les enfants qui meurent.
Oui, il me semble que cette mélancolie environnante s’explique ; sa présence me touche, elle a bien des excuses. Je la comprends, même si, en ce qui me concerne, à l’aurore de ce nouveau jour, je n’éprouvais pas cet état-là. C’est ainsi, la météo et moi ne vivons pas toujours à l’unisson.
Un jour, il n’y aura plus de meurtres ni de violence, un jour, plus de conflits ni d’innocence bafouée. Un jour, un jour… Nous le souhaitons tous. Pourtant, non, pas tous : certains ne se sentent vivants que sous l’aube des querelles. Les belliqueux, les rapaces cupides, les pervers… mon Dieu, là, au centre de mon univers où mon écriture se déploie, voilà que mes mots se changent en prière. Le monde en a tant besoin, je me dis que cela ne peut pas lui faire de mal.
Je regarde dehors. Il va pleuvoir toute la nuit. Je me console : demain, sans doute, les oiseaux reviendront danser leurs arabesques, les cheminées regarderont vers le haut, les arbres chanteront leurs mélodies d’oiseaux piailleurs, mes plantes se dresseront dès le premier rayon de l’astre solaire et mes doigts toucheront encore des mots, ceux qui me viennent, ceux qui me dictent leur amour…Mais...
Même les jours de pluie, la vie reste la vie.
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