L'oubli de soi : Lumière qui dénoue le coeur

“L’oubli de soi : lumière qui dénoue le cœur”

 

 

« Ma fille, penser à soi même aveugle l'esprit, et cause un enchantement humain formant un filet autour de la personne. Ce filet est tissé de faiblesses, d'oppressions, de mélancolie, de peur et de tout ce qui est mal dans l'homme. Plus une personne pense à elle même, même sous l'aspect du bien, plus ce filet devient épais et plus l'âme est aveuglée. »

« Si les âmes savaient combien le repliement sur soi est dommageable ! Plus une âme se regarde, plus elle devient humaine et ressent ses misères.... Par contre, ne penser qu'à moi redresse l'âme et la fait grandir... » (Extrait tome 11)

 

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On m’a souvent dit « il faut s’oublier soi-même ».
Pendant des années, cette expression restait abstraite, presque suspecte, comme si l’on me demandait de me nier.
Et puis le temps… la vie… la grâce… ont fini par dévoiler un autre sens : l’oubli de soi n’est pas une perte, c’est un dégagement.
C’est le moment où l’âme cesse de se surveiller pour enfin… respirer.

 

L’expression « oubli de soi » est souvent mal comprise. On l’associe parfois à une forme de dévalorisation ou d’effacement intérieur. Pourtant, chez certains auteurs spirituels, cette expression dit tout autre chose : elle révèle le chemin d’un cœur qui cherche à sortir de son propre cercle, non pour se nier, mais pour aimer plus largement, plus simplement, plus vrai
Le Christ a dit à Luisa Piccarreta que se regarder sans cesse, se vérifier sans arrêt, c’est tisser autour de soi un filet de peurs, de mélancolie, de lourdeurs intérieures.


Même sous prétexte de bien comme par exemple se soucier d’acquérir des vertus, de s’améliorer, de changer ses inclinations…Vouloir ce bien pour soi, s’en préoccuper, c’est cela qui nous replie, qui nous rapetisse, qui nous rend humains au sens pauvre du terme, humains jusqu’à l’angoisse.
Comme si l’âme, au lieu de s’offrir, se contractait sur elle-même.

 

Luisa Piccarreta a reçu des lumières très fortes sur ce point. : Se regarder continuellement soi-même nous enferme dans une sorte de prison psychologique, formée de peurs, de mélancolie, d’oppressions morales, d’inquiétudes. Plus on se scrute, plus les fils se resserrent. Ce regard constant sur notre propre état finit par obscurcir l’esprit. On croit se connaître, mais on ne fait qu’amplifier nos faiblesses en les ayant toujours devant les yeux.


Plus je contemple ce que deviennent certaines psychothérapies à la mode, pas toutes, mais celles qui invitent à fouiller toujours plus profond en soi, plus je vois une dérive : cela peut devenir un culte de soi.

 

Un narcissisme anxieux. On se regarde… on se re-regarde… on se dissèque…
Et l’on finit par croire que la paix viendra de la transparence totale de nos méandres psychiques. Alors qu’en vérité : on se perd. On se met au centre.


Et au centre… il n’y a jamais Dieu. Au centre, il n’y a que nous.

 

Notre époque a développé l’introspection jusqu’à l’excès. Il ne s’agit pas d’être contre toute aide thérapeutique : parfois, l’analyse ponctuelle est un soutien. Mais l’analyse perpétuelle, la surveillance de soi, l’auto-examen sans fin, finit par rendre stérile la vie intérieure.


Aimer n’est pas rester tourné vers soi. Aimer, c’est sortir. Aimer, c’est se livrer. Aimer, c’est devenir don pour un autre. Et c’est pourquoi l’oubli de soi est une école de libération. Il ne nie pas la personne ; il la dilate. Il ne méprise pas l’intériorité ; il la purifie. Il met de côté le réflexe constant de mesurer sa valeur, d’évaluer ses mérites, pour entrer dans le mouvement simple : recevoir la lumière de Dieu, puis la répandre, comme elle vient.


Ce mot « oubli de soi », j’ai mis du temps à l’entendre au-delà du langage. Il est devenu pour moi une clef. Non seulement pour la vie spirituelle, mais aussi pour la vie quotidienne : moins je me scrute, plus je peux aimer.


Aujourd’hui je le sens jusqu’au fond des fibres de mon cœur : l'oubli de soi est libération.

Il est humilité, mais une humilité qui dilate, qui élargit. Combien de temps il m’a fallu pour le comprendre ! Je mesure maintenant combien cette petite phrase, autrefois mal comprise, est une clef de maturité spirituelle comme de maturité humaine.

Lorsque je m’oublie, je deviens plus capable de Dieu.

 

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