La liberté intérieure, ce royaume que nul ne peut enchaîner
« Ma fille, les bourreaux pouvaient lacérer mon corps, m'insulter et me piétiner, mais ils ne pouvaient toucher ni à ma volonté ni à mon amour, lesquels je voulais libres pour pouvoir me déverser totalement pour le bien de tous, y compris de mes ennemis. Oh que ma Volonté et mon amour ont triomphé au milieu de mes ennemis !
Ils me frappaient avec des fouets et je les frappais de mon amour et les enchaînais avec ma Volonté. Ils piquaient ma tête avec des épines et mon amour remplissait leur esprit de lumière pour me faire connaître. Ils ouvraient des plaies sur mon corps et mon amour guérissait leur âme. Ils me donnaient la mort et mon amour leur donnait la vie.
Quand je rendis mon dernier soupir, les flammes de mon amour touchèrent leur cœur… Ma fille, je fis les âmes libres dans leur volonté et leur amour… J'ai voulu que les créatures soient libres dans leur volonté et leur amour, pour que, librement, leur volonté et leur amour puissent se tourner vers moi et m'offrir les actes les plus nobles et les plus purs qu'ils leur soient possible de m'offrir… »
(Extrait tome 11) - Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel
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Dans ces paroles du Christ, quelque chose me bouleverse profondément. Il dit que, malgré la douleur, les humiliations, la violence, Son cœur est resté libre. Son amour n’a pas été capturé. Sa volonté n’a pas été brisée. Il y a là une vérité puissante : il existe en nous un espace que rien ni personne ne peut atteindre sans notre consentement. Un lieu secret, intérieur, où l’âme demeure souveraine. Même lorsque tout s’effondre à l’extérieur, ce sanctuaire peut rester intact, vivant, brûlant d’amour.
Le Christ ne se replie pas dans cette liberté : Il la transforme en don. Là où Il reçoit la haine, Il déverse l’amour. Là où Il est blessé, Il guérit. Là où Il est rejeté, Il accueille. C’est un mystère qui dépasse la logique humaine, et pourtant il éclaire si justement nos propres vies blessées. Il nous montre que la liberté intérieure n’est pas une fuite, mais une réponse. Une réponse d’amour qui continue d’aimer, même quand tout, autour, incite au repli, à la rancune ou au désespoir.
Et pourtant… Il existe une autre réalité, plus sombre, que je n’avais pas vraiment comprise avant de la rencontrer. Il existe des êtres qui restent fermés. Fermés à Dieu. Fermés à l’amour. Fermés aux autres. Ils se disent ouverts mais ce n'est pas vrai, loin de là. Je le dis avec émotion, parce que je ne croyais pas qu’une telle fermeture pouvait être si durable. J’avais foi en la capacité infinie du cœur humain à s’ouvrir, à guérir, à revenir à la lumière. Mais j’ai vu, j’ai ressenti, j’ai été confrontée à cette obstination du refus. Des personnes qui choisissent la dureté, la fermeture, les quêtes effrénées du plaisir ou la fuite plutôt que le don, l’abandon, la confiance. Cela m’a profondément marquée. Il y a des âmes qui préfèrent leurs ténèbres à la lumière. Non par ignorance seulement, mais par choix. Et ce choix-là, je le ressens aujourd’hui comme une blessure qui traverse ma foi et la rend plus douloureuse, mais aussi plus lucide.
Alors je comprends mieux la souffrance du Christ. Je comprends ce manque d’amour qu’Il endure. Ce cœur qui appelle, qui se livre, qui s’offre et qui rencontre parfois un mur, un silence, une indifférence. Dieu, qui est Amour, souffre de nos refus bien plus que nous. Parce qu’Il voit ce que nous aurions pu devenir. Parce qu’Il respecte notre liberté jusqu’au bout, même quand elle se retourne contre Lui.
Christian Bobin écrit :
« Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s’autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions… et l’empêchement d’aimer que cela produit. »
Ces mots résonnent comme un écho à l’appel brûlant du Christ. La vraie liberté n’est pas de faire ce que l’on veut. Elle est de laisser l’amour passer à travers nous, sans peur, sans défense, sans calcul. Elle est un oui intérieur, fragile mais lumineux, offert dans le secret du cœur.
Cette phrase me touche parce qu’elle rejoint l’appel du Christ à une liberté radicale : intérieure, souveraine, créatrice. Sans se plier aux injonctions d’une société mercantile, individualiste et qui relativise tout. Puissions-nous, par grâce, consentir à cette liberté, la laisser grandir en nous, la déployer contre les chaînes du monde, et offrir, à Celui qui EST Liberté...
Tout notre cœur.
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