Cette année

 

Alors ce fut quoi pour toi cette année ?

 

J’ai sauté en parachute, à plus de quatre mille mètres d’altitude, mon cœur a plongé dans le vide de l’espace immense, sa cadence affolée résonnait jusque dans mes tempes. Je me suis perdue à flotter dans les airs, j’avais tant de peine à me poser sur le sol. D’ailleurs, à ce jour, je me demande si mes pieds ont touché terre. Le vol fut si chaotique, mes ailes ont bien failli éclater sur les branches des arbres. Je n’arrivais pas à m’ancrer, secouée par les bourrasques de l’amour, je tourbillonnais sans fin. À ce jour, je ne suis pas bien sûre d’être ici. Où suis-je ? Tu le sais toi ?

 

J’ai escaladé les montagnes pour oublier ce qui me poursuivait, les poumons me brûlaient et ma langue collait à mon palais. J’ai grimpé sans trêve jusqu’à m’essouffler. Je cherchais à respirer un autre air, plus haut, plus vaste et plus libre. Je me suis exercée, je m’y suis reprise tant de fois, sans réussir. Les hauteurs s’éloignaient au fur et à mesure de mon ascension. Plus je montais plus les sommets disparaissaient. Je suis restée collée à cette terre étrangère, engluée dans la boue de mon tourment. Je l’aimais tant voyez-vous. Je l’aimais tant. Où suis-je ? Tu le sais toi ?

 

J’ai creusé l’humus pour y puiser de l’eau, on ne sait jamais, l’odeur sombre de la terre collait à mes mains. Je frappais l’argile, la boue ou le bitume, je n’ai jamais trouvé ni puits, ni source, ni ruisseau. À vrai dire, seuls les fleuves m’ont tendu leurs bras. Ils m’emportaient dans leurs courants d’amour, pleine d’espérance, chahutée par le tumulte de leurs désirs, je me suis laissé dériver. À force de glisser, je dois l’avouer, à ce jour, je ne sais plus du tout où je suis. Est-ce tu le sais toi ?

 

J’ai volé sur le dos des oiseaux migrateurs, pour échapper à ce qui fait si mal, portée par le battement régulier de leurs ailes sous moi. J’avais beau mettre de la distance entre le bas et le haut, entre ici et là-bas, entre lui et moi, je n’ai pas trouvé le chemin. À sa recherche, sans boussole, sans un mot, sans talent, je crois que je me suis égarée. Il faut dire qu’en amour, je ne suis pas très experte. Plus je volais dans ma quête inaccessible et plus j’ai compris à quel point j’étais seule, enveloppée d’un grand silence. Je ne sais plus où je suis à présent. Et toi ? Le sais-tu mieux ?

 

As-tu creusé, volé, grimpé, en vain, tout comme moi ? As-tu trouvé des trésors ? Tes rêves ont-ils emprunté les sentiers de ta vie, laissant sous tes pas une trace ?

 

J’aurais aimé trouver la terrasse où ses pieds se posent dès son lever, me rafraîchir à son eau, sentir la rosée sur ma peau, voler jusqu’à lui, sans retour en arrière, sans un regard vers hier. Il n’en fut rien. Sais-tu où je suis aujourd’hui ?

 

Quelque part entre deux mondes ou deux jours, dans cette heure immobile où la lumière hésite. Juste entre l’année qui s’en va et celle qui vient.

 

Finalement je sais où je suis. Je suis dans la vie offerte, fragile et tiède comme un nouveau matin. C’est mieux que rien n’est-ce pas ? Et Dieu auquel je crois lui dira mieux que moi ce qu’il était pour moi.

N’est-ce pas qu’Il le lui dira ? Il le faut.

Ce qu’il était pour moi…

 

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