Droits d'auteure protégés - Preuve de dépôt
Ce texte explore une attitude relationnelle qui, sous des apparences parfois bienveillantes, peut glisser vers une forme de supériorité implicite. Il ne vise personne en particulier et tout un chacun en même temps. Il s’intéresse à une manière d’être en relation, à ses ambiguïtés, à ses dérives possibles et aux effets qu’elle produit lorsqu’elle s’installe dans les échanges humains. Attitude dont il m’a été donné de faire l’expérience, comme il en existe dans de nombreuses relations humaines...
Condescendance
Cher …………,
Vous vous abaissez du haut de votre grandeur supposée, non pour vous placer dans une position d’égalité avec l’autre, mais bien au contraire pour lui faire sentir le poids de votre supériorité illusoire.
Condescendance : voilà bien un mot qui vous résume. À lui tout seul, il explique, sans avoir à réfléchir très longtemps, vos comportements de retrait face au monde, ce dédain s'inscrit jusque dans votre sourire, votre façon de manier l’implicite, de dire sans dire. Votre langage volontairement mystérieux forme à lui seul des énigmes permanentes, purs produits de votre narcissisme. Avec ce moyen-là, vous manipulez à loisir votre interlocuteur. Sauf évidemment ceux qui ne sont pas dupes mais ne le diront pas. Sous peine de provoquer votre ire.
Condescendance : cette attitude si maladroite mais tellement habituelle qu’aucun n’ose plus vous contredire. Vous prenez cela pour du respect ; ce n’est pourtant qu’une autre manière d’abdiquer devant votre sottise. Ils ont compris que vous la preniez pour de la sagesse. Ils en rient derrière votre dos.
Cette morgue incroyable a toutes les allures non seulement de l’orgueil, mais peut-être aussi d’une forme de rassurance, histoire de rendre votre récit cohérent avec l’image que vous peignez de vous-même, mais aussi avec la société où nous vivons. Je me demande parfois ce que vous cherchez ainsi à protéger. Peut-être une blessure ancienne, un doute sur vous-mêmes que vous n’osez pas regarder en face, tant il vous coûterait de reconnaître votre vulnérabilité. Vous croyez tellement être plus fort que tout le monde alors qu’en vérité vous l’êtes bien moins que tous ceux-là.
Vous en êtes presque ridicule à asséner avec tant de ferveur des vérités que vous croyez profondes, comme si les gens ne pouvaient y accéder par eux-mêmes. Ce paternalisme à l’égard d’autrui peut même susciter chez l’autre une forme d’empathie à votre égard. Il y a quelque chose de touchant à vous voir si convaincu d’éclairer ceux qui vous entourent. Les personnes ne vous l’avoueront pas, bien sûr ; dans leur gentillesse, elles préfèrent vous laisser croire à son utilité. Vous êtes si fier de vos diagnostics trompeurs, de vos conclusions hâtives et de vos jugements maladroits.
Mon Dieu, que votre attitude est insupportable, d’autant plus qu’elle se glisse sous des prétextes bienveillants !
En latin, condescendere signifie s’abaisser volontairement vers quelqu’un, s’adapter à sa condition, venir à sa rencontre par bonté. Tout le contraire donc de ce que je viens de décrire. On dit de Dieu qu’Il est « infiniment condescendant ». Chez Lui, tout est ordonné dans l’Amour.
Dans sa grande mansuétude, Dieu descend, volontairement Lui aussi, mais cette fois-ci non pour écraser mais pour s’approcher de la créature, créer avec elle une proximité ; Lui dont la supériorité est transcendante. Il s’adapte à la faiblesse humaine pour lui donner tout ce qu’Il désire lui offrir : sa joie, sa paix et tant d’autres de ses attributs.
Dieu se penche vers nous avec une sollicitude extraordinaire, rien à voir avec nos petits calculs si propres à nos relations utilitaires ou concupiscibles. Lui, à l’inverse, verse en nous sa Miséricorde sans limites. Il se fait si proche malgré sa grandeur. C’est ce qui faisait dire à sainte Thérèse : « Mon Dieu, que votre condescendance est ineffable ! » Dans notre contexte actuel, l’interprétation est difficile parce que le sens est l’exact contraire de nos habitudes langagières.
Voyez, cher ………., combien entre vous et Lui la différence est immense. La kénose du Christ, c’est-à-dire son abaissement, n’a pas grand-chose à voir avec votre condescendance. D’ailleurs, pour en revenir à vous, je me demande parfois si votre attitude n’a pas plutôt de lien avec une souffrance, vous cherchez peut-être à tout maitriser pour cacher vos blessures. Vous sauvez les apparences en quelque sorte. Comme je ne suis pas experte, je préfère m’abstenir de toute conclusion.
Je suis désolée d’avoir à vous révéler ce que beaucoup pensent tout bas. Et puis en fait, non, je n’ai pas à m’excuser. Je préférais vous l’écrire plutôt que de continuer à me taire. Ne comptez pas sur moi pour jouer à vous plaire. Je préfère, et de loin, la franchise.
Sylvie.
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