La messe en petite section

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La messe en petite section

 

Le petit garçon trottait dans les allées de l’église, tout fier de porter à ses pieds ses toutes nouvelles chaussures. Il faut dire que je le comprends un peu, il avait des baskets avec des lumières qui clignotaient dès qu’il marchait.

Un petit jean bariolé, une casquette posée à l’envers sur sa tête, le bonhomme respirait la toute petite enfance. Celle des émerveillements continuels, des caprices aussi, surtout si les chaussures ne s’allumaient pas, celle des petits pas frimeurs qui s’arrêtent pour vous fixer du regard, là, bien dans les yeux ; celle enfin de la morve au nez et des yeux qui brillent sans que la honte ne vienne l’effleurer.

Autrement dit, celle qui s’en est allée.

Sur sa droite, quatre petites filles aux coiffures très classiques mais charmantes : un gros nœud rouge sur le côté pour l’une d’entre elles, un serre-tête doré pour l’autre, un bandeau blanc élastiqué pour la troisième. La plus petite, revêtue d’une robe rouge, semblait contente de sa jolie tenue. Durant toute la messe, elles me regardaient tour à tour avec un sans-gêne désarmant. L’une observait mes chaussures, une autre mon chignon. Dès que je rouvrais les yeux entre deux prières, les petits yeux bleus se détournaient aussitôt. On ne sait jamais : l’envie pourrait me reprendre de leur faire un clin d’œil. Je me recueillais entourée de cette candeur autour de mon banc, de leurs anges invisibles, entre leurs doudous sales et les poupées malmenées.

En résumé, entourée de l’innocence qui s’est enfuie.

Un peu plus haut, à quelques mètres de moi, près d’un pilier, une enfant noire, habillée d’une robe bleu ciel, toute fleurie. Les cheveux courts, les dents du devant absentes, elle souriait dès que mes yeux se posaient sur elle. Assise bien droite près d’une autre fillette, elle faisait semblant de lire le carnet de chants. Pauvre petit cahier rouge dont le répertoire ne peut résonner dans le cœur d’une enfant si jeune ! Je n’étais pas dupe. Mais voyez-vous, il fait si bon de jouer aux grandes personnes ; elle avait tellement hâte de grandir, de jouer à la grande fille qui se tient bien. Qu’elle était drôle avec son air pieux de circonstance tout en bougeant ses jambes !

Dit d’une autre façon, elle irradiait cette candeur que les années ont emportée.

Nous célébrions en ce jour la fête de la Sainte Trinité. Mystère bien grand qui nous dépasse tellement. J’aurais aimé écouter l’homélie du prêtre qui, semblait-il, lisait sa feuille. Il avait dû bien la préparer. Seulement voilà, entre les tétines, les hochets, les figures improvisées de notre petit gars exalté par les lampes de ses souliers, les allées et venues des parents qui, tantôt dans les bras, tantôt à leurs pieds, tentaient de calmer toute cette petite troupe, je n’y parvenais pas. J’ai choisi de vivre cet instant comme il se présentait. Après tout, puisque je ne pouvais rien y changer, je consentais au dérangement, aux cris ponctuels du bébé qui réclamait son biscuit, aux allures d’une enfant qui s’amusait à déchiffrer une partition comme s’il s’agissait d’un conte de Perrault.

La messe en petite section, dans l’insouciance qui nous a quittés.

Le mystère consubstantiel, la grandeur de la théophanie révélée, la théologie trinitaire, l’union hypostatique, tout cela pouvait bien attendre. J’avais devant moi des êtres pressés de grandir, une énergie à revendre, des sourires à remplir ma journée, des drôles de grimaces et un jeu de lumière fantastique.

Après tout, la Trinité qui sait tout l’avait permis. Elle m’avait placée là, dans la cour invisible, petite au milieu des tout-petits, dans l’âge tendre, au moment des commencements, dans l’Aube de nos vies qui s’enfuit.

Après tout, Dieu qui sait tout m’avait posée là comme un retour à la légèreté, moi dont le cœur saignait.

Je me suis unie à la liturgie enfantine de ces pitchouns, peut-être la plus belle façon de célébrer le Très-Haut…

Mais aussi le Très-Bas.

 

 

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