Changeons de lunettes !

CHANGEONS DE LUNETTES !

 

Changer de lunettes : quand la foi déplace le regard

Ces derniers temps, des lunettes au reflet bleuté ont fait beaucoup parler d’elles. Une anecdote médiatique, presque légère. Et pourtant, cette image m’a interpellée. Je me suis surprise à penser : et moi, avec quelles lunettes est-ce que je regarde le monde ? Car au fond, tout est là. Nous regardons tous la même réalité, les mêmes événements, les mêmes drames, mais nous ne les voyons pas de la même manière. La foi, pour moi, n’est rien d’autre que cela : un changement de regard, une paire de lunettes intérieures qui ne nie pas le réel, mais qui le laisse passer par une autre lumière. Elle permet de regarder autrement, à la lumière d’un Amour qui dépasse notre entendement.

 

« Quae est gratia »… vraiment ?

Un ami s’est étonné dernièrement que je puisse dire : « Quae est gratia » c'est à dire : "tout est grâce", face aux malheurs du monde et parfois même face aux blessures de nos propres vies. Je comprends son étonnement. Je le comprends d’autant mieux que moi-même, il m'arrive de douter. Ce tout est grâce peut sembler indécent, presque violent, lorsqu’on le détache de la chair du monde. Et pourtant, ce n’est pas une formule magique, ni une phrase pieuse. C’est une parole fragile, qui ne tient que si elle est portée par la foi, l’espérance et l’amour, comme le rappelle saint Paul : « Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour, mais la plus grande des trois, c’est l’amour». Sans ces lunettes-là, cette phrase s’effondre. Cet amour nous enseigne à voir au-delà des apparences.

 

Quand je retire les lunettes, le monde devient absurde

Je ne les porte pas toujours, ces lunettes de la foi. Et quand je les enlève, ou quand je les oublie, le désespoir me cueille. Il suffit d’ouvrir les journaux : le suicide d’une jeune adolescente, les menaces qui montent de toutes parts, de l’Est comme de l’Ouest, les cris, les violences, les meurtres devenus presque quotidiens. Alors je me demande : comment regarder cela avec les lunettes de la foi ? Où sont-elles, ces lunettes, quand le cœur vacille ?
Sans elles, le monde n’est plus qu’une planète en absurdie. Tout perd son sens. Et dans ces moments-là, le "tout est grâce" devient presque une insulte faite à la douleur humaine, un mot de trop posé sur une plaie ouverte.

 

Les lunettes bleutées de la foi : voir autrement, pas moins

Et pourtant, quand je remets ces lunettes, même maladroitement, même avec des larmes, quelque chose change. Tout est différent, et pourtant rien n’est effacé. La misère reste misère. La violence reste violence. Mais elles ne sont plus seules. La foi ne gomme pas l’horreur du monde, elle l’empêche d’avoir le dernier mot. Luisa Piccarreta écrit que la foi est Dieu Lui-même, et que vivre de foi, c’est regarder toute chose depuis la Volonté divine. Ce regard n’explique pas le mal, il ne le justifie pas, mais il affirme qu’une sagesse, un sens, un amour précèdent et traversent même ce qui n’est ni voulu de Dieu, ni désirable. La foi ne répond pas à toutes les questions, elle empêche simplement le cœur de se fermer. Nos visions partielles sont appelées à s’élever vers une lumière plus grande.

 

Un déplacement intérieur

C’est là, je crois, que tout se joue : un changement de perspective. Sainte Thérèse d’Avila invitait à discerner la sagesse et la providence de Dieu en toutes choses, non pour se rassurer à bon compte, mais pour tenir debout. Saint Augustin le disait autrement : "nos cœurs sont sans repos tant qu’ils ne reposent pas en Dieu". Ces paroles ne suppriment pas l’inquiétude, elles lui donnent un horizon. Avec les lunettes de la foi, je continue de voir la nuit, mais je sais qu’elle n’est pas sans aurore.

 

Cela change tout, et cela ne change rien

Les lunettes bleutées de la foi ne sont pas un refuge, ni une fuite. Elles ne m’épargnent ni les larmes ni les révoltes. Mais elles m’empêchent de sombrer dans l’absurde. Elles me rappellent que l’amour est plus originaire que le chaos, que l’espérance est plus têtue que la peur, et que même dans ce qui semble perdu, Quelqu’un, travaille encore. Alors, peut-être que "tout est grâce" ne signifie pas que tout va bien, mais que tout peut encore être regardé et traversé autrement. Nos lunettes humaines sont souvent si limitées. La foi nous offre une vision plus large, plus profonde, plus aimante. Elle ne supprime ni la souffrance ni les horreurs du monde. Elle nous invite plutôt à les contempler avec espérance, convaincus qu’un sens plus grand les habite, parce que la foi, l’espérance et l’amour sont plus forts que tout.

 

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