M’sieur la Morale
M’sieur la Morale est terrible.
Vous écrivez dans un forum chrétien pour participer aux conversations, vous postez une publication sur un réseau social, vous créez une vidéo qui parle de spiritualité ou bien vous parlez des émotions qui vous traversent, aussitôt, tel un pantin à ressort qui surgit de sa boîte, vous avez M’sieur la Morale qui déboule.
Non seulement il apparaît avec empressement mais aussi avec brutalité : « Enfin Madame, vous avez dit une grossièreté », « Qu’est-ce que cela, ne pensez pas qu’à vous, il est probable que la personne était fatiguée d’où sa réaction un peu vive », « Il faut considérer les autres », « Ne parlez pas ainsi, que pouvez-vous connaître ? », « Vous faites mal en agissant ainsi », « Satan est à l’origine d’une telle déclaration », « Le monde va mal et vous participez à ce désastre ».
Oh bien sûr, ces affirmations ne sont pas toutes explicitées de cette façon-là mais tel est l’esprit qui les sous-tend : je dis mal, je fais le mal, je parle mal. Mieux : « Il faut », « C’est une question de justice », « Il faut vous en confesser », « Ce n’est pas bien », « tel est votre devoir ».
M’sieur la Morale me condamne sans retard, il parle « devoirs », « droits », « iniquités », « salut de mon âme », « traditions millénaires », « question de respect », « commandements », « conseils ».
M’sieur la Morale confond la Morale et le Moralisme. Evidemment, il en faut de la morale, c’est même un bien très précieux. Mais voyez-vous, c’est la manière de s’ériger en « censeur », « en autorité de la belle vertu », en « Celui qui sait mieux que moi ». Oui, c’est cela qui me gêne.
M’sieur la Morale me juge sans me connaître. Il ne tient pas compte de mon contexte, de ma santé, de mon passé, de mes obligations, de mes efforts, ni d’un tas d’autres éléments. Il ne voit qu’à travers le prisme de « l’ordre », de « l’équité », de la « hiérarchie des devoirs ».
M’sieur La Morale me fatigue. Il m’épuise même. Depuis que je côtoie les chrétiens sur certains sites, je rencontre un nombre non négligeable de « redresseurs de torts ». Certains s’arrogent le droit de déterminer par eux-mêmes ce qui relève du péché véniel ou mortel sans tenir compte de la conscience, des circonstances et de bien d’autres points.
M’sieur la Morale, je vous en prie, laissez là votre science catéchétique que vous croyez fort savante et légitime. Restez à votre place.
Si vous oubliez l’Amour, vous faites erreur mon ami. Cela vaut autant pour M’sieur la Morale que pour les Mam’zelles aussi.
Vous ressemblez à un bâton bien droit, parfaitement sec, auquel plus aucune fleur n'ose s'accrocher. Tout est en règle, mais plus rien ne respire.
Et cessez donc de me dire ce que je dois penser, dire ou vouloir. Ne me dites pas qui je dois aimer, qui je dois rejeter. Faites-moi le cadeau de votre confiance.
Laissez donc l'Amour avoir le dernier mot. Lui seul connaît les cœurs. Lui seul sait ce que chacun porte. Lui seul peut dire la vérité sans jamais cesser d'aimer.
Sans cesser d’aimer.
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