La petite exilée
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Dans le chapitre : Etrangère au monde
Petite exilée sur la terre des vivants, elle marche seule, entre leurs pas et les ailes du vent. On dirait une randonnée solitaire. Dans le silence du manque et de l’absurdie, elle trace son chemin.
Parfois, elle vogue sur un bateau sans rames, ni phare. La houle l’emporte elle ne sait où entre leurs routes et les aiguilles du temps. Dans les mouvements des marées, l’eau glisse sous ses pas.
Ou bien alors, elle reste à demeure dans la brume des jours qui s’enfuient, sans début ni fin. Elle va devant, il s’agit d’avancer, qu’importe le vide et les rêves partis. L’exil est sa maison où sa solitude recueille les baisers du soleil et l’étreinte des rayons.
Elle espérait la tendresse de l’été, dans son exubérante insolence et ses couleurs ravivées. A la place, elle se trouve dans la contrée des oiseaux migrateurs, ceux qui voyagent sans jamais s’arrêter, ceux qui, jamais, n’ont de nids et de racines.
Elle parle un langage que nul ne comprend, les mots ne sont que des menteurs. D’ailleurs, à vrai dire, elle ment tout le temps. Qui pourrait rejoindre le sens qu’elle y met, les notes subtiles de leurs partitions, les fibres méconnues de leur composition ?
Alors, elle respire, elle marche, elle nage même, quelque part entre ici et ailleurs, entre le oui et le non. Sur le rebord de l’eau et des sentiers abandonnés. Nul endroit n’est sa porte d’entrée, ni l’issue de secours.
Petite exilée, où, parait-il, nul n’est une île, elle parcourt les forêts facétieuses, pleines de mystères irrésolus, de projets irréels, de chênes centenaires. Elle chemine vers l’horizon qui se lève, entêté, avec ou sans elle. Dans les caresses invisibles qu’elle ne ressent même pas, elle se meut avec les anges, près des myosotis minuscules et des poussières rebelles.
Elle n’a plus le cœur à écrire ou à désirer. Elle se surprend à poser sa tête sur un cœur immense et méconnu, fait d’un peu de terre et de beaucoup de ciel. Elle aimerait placer son âme sur la paume d’une main géante, bienveillante et sécure.
C’est ainsi. Elle n’est pas plus d’ici que de là-bas. Elle le sait. Elle ne peut le dire à quiconque car jamais personne ne la croit.
A bien y penser, elle ment encore, une fois de plus, oui, quand elle dit que tout va bien. Personne n’aime ceux qui ne vont pas, ceux qui sont à l’envers ou n’avancent pas dans le même sens.
Petite exilée, elle ne croit plus aux rêves d’antan, ceux qui l’emportaient dans les pays des autres, dans leurs amours et leurs mots, dans leurs livres et leurs joies. Partout où jamais elle n’ira.
Petite exilée, ne t’en va pas encore. …J’ai beau l’appeler, elle ne m’entend plus. Elle me fait signe de la main.
Elle retourne d’où elle vient,
à son exil.
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