Nous ne sommes pas abandonnés...

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Dans  le chapitre : La Vie Spirituelle

Nous sommes le mois de mai, le mois de Marie, celui qui lui est consacré. Un mois d’hommage à notre Mère, à notre Reine.

Est-ce qu’être autiste nous rend plus spirituel que d’autres ? Je ne sais pas. Vraiment, je l’ignore. Beaucoup, même non autistes, sont attirés par l’invisible et le surnaturel.

Comme je suis catholique et autiste, pour ce qui me concerne, je dois bien avouer que j’ai souvent remarqué à quel point la beauté de ma religion, sa grandeur et sa liberté, ont toujours été pour moi un sujet d’émerveillement.

La vie spirituelle m’a toujours attirée. En tout cas, dès que j’ai eu connaissance de cette foi. Peut-être aussi parce que, depuis toujours, mon esprit cherche un point fixe, un axe invisible autour duquel tout s’ordonne. Le monde extérieur m’apparaît souvent mouvant, incertain, parfois trop bruyant. La vie intérieure, elle, ne ment pas. Elle offre une cohérence, une profondeur où je peux enfin me tenir.

Je suis en effet issue d’un milieu athée. C’est à l’adolescence que j’ai découvert un peu plus en profondeur la foi catholique. J’avais été baptisée toute petite, mais rien de plus.
À partir de mes treize ans, c’est là que tout a commencé.

Est-ce que la foi revêt une importance plus grande dès lors que l’on est un peu différent ? Je l’ignore. Mais je le redis : j’ai souvent constaté, chez des personnes qui sont dans le spectre, cette attirance pour le mystère, pour la transcendance. Comme si, lorsque le monde social reste difficile à décoder, une autre lecture s’ouvrait, plus directe, plus essentielle : celle du mystère, de la présence, du silence habité.

Sans doute à cause de la formation que j’ai reçue, je n’ai jamais accepté d’adhérer à une autre croyance que celle proclamée par la religion catholique. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de chercher ailleurs ce qui est déjà dans ma tradition. Elle est si riche : son histoire, la vie d’oraison, son Credo, la grandeur de ses dogmes, ceux qui nous ont précédés, les fins dernières…

Ce soir, je ferme les yeux. Nous sommes le 3 mai. Nous n’en sommes encore qu’au début du mois de Marie.

Je médite sur un livre magnifique consacré à notre Maman du Ciel. C’est d’une telle beauté que les larmes me viennent souvent. Marie dilate mon cœur. J’ai l’impression, quelquefois, qu’elle agrandit les rebords de mon âme, comme le potier qui élargit le haut du vase qu’il fabrique. Elle agit de même. Elle façonne avec douceur, dans le silence.

Une fois que ses mains ont augmenté ma capacité à recevoir le Divin, alors, dans la mouvance de l’Esprit d’Amour, je lui confie tous ceux que j’aime. Le monde. La terre entière.

Je lui donne tout ce que Dieu m’a donné, c’est-à-dire tout. Tout.

La vie spirituelle n’a rien d’éthéré. Elle est tellement concrète, si vivante. Elle s’inscrit dans notre quotidien, nos travaux, notre famille, nos amis, nos amours, nos rêves, nos projets. Et peut-être encore davantage lorsque le monde extérieur nous déroute.

Qu’y a-t-il de plus doux que d’adhérer à cette réalité simple : nous sommes des petits enfants qui avons besoin d’une maman pour nous guider, nous aimer, nous guérir ?

Je parle de Marie parce que je suis catholique, mais ce que je dis de Marie, je le dis aussi du Bon Dieu. Nous sommes faits pour Lui comme la prairie est faite pour les fleurs, comme le poisson pour l’eau, comme l’oiseau pour le ciel.

Je ferme les yeux. Je respire. D’une respiration ample.

Je suis regardée par les yeux de Marie, dans les pupilles du Père. Je suis regardée. Aimée. Choyée. Désirée. Jamais abandonnée.

Et pourtant… pourquoi cette difficulté si répandue à le croire et à en vivre ? Question de blessures et d’orgueil. Souvent les deux. Je n’en suis pas exempte. Loin de là.

Mais plus je vais, plus il me vient ce désir : donner à ceux que j’aime les mêmes élans d’amour pour le Ciel, la même saveur d’une tendresse toujours offerte… et surtout, cette certitude intérieure que nous ne sommes pas des êtres abandonnés, seuls, livrés à nos seules forces, jetés par un cruel hasard à un funeste destin.

Je connais quelqu’un qui ne peut pas croire à l’Amour de Dieu pour lui. Il se vit sans cesse comme rejeté, ignoré, méconnu. Certains vont par d’autres chemins ; lui préfère l’athéisme. Le refus total.

C’est une âme profondément blessée par ceux-là mêmes qui auraient dû lui donner le goût de Dieu. Tant d’horreurs sont parfois commises. Certains méfaits laissent des traces longues, presque indélébiles.

Ma devise est celle de Marthe Robin : « On ne donne Dieu que par rayonnement. »
Jamais par force. Jamais par peur. Jamais par obligation.
J’ajouterais même : on ne donne Dieu que par l’Amour.

Je prie Dieu qu’il se donne à lui. Dieu seul peut donner Dieu. Parfois par nous. Parfois directement. Dans le secret.

Est-ce que l’autisme est un chemin plus évident que d’autres pour aller jusqu’à Dieu ? Franchement, je ne sais pas.

Mais peut-être qu’il ouvre en moi un espace particulier : une manière d’habiter le silence, de chercher l’absolu, de m’attacher à l’invisible avec une intensité qui est propre à mes particularités.

Ce que je sais, c’est que Dieu remplit la terre de Son Amour. Par sa Création. Par la beauté des cœurs généreux. Par tous ces gestes anonymes remplis de bonté. S’il est vrai qu’il existe en ce monde, des êtres abjects. Il est tout aussi vrai que nombre de personnes ont une réelle grandeur intérieure.

Marie reçoit nos âmes entre ses mains pour nous rendre réceptifs à cet Amour.

Nous sommes tous égaux : des petits enfants qui jouent aux adultes… alors qu’il est si bon d’avoir une Maman.

Telle est ma foi.

L’autisme n’en est pas la cause… mais il en est, peut-être, l’un des chemins, très secrets.

Oui. Peut-être…

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