Preuve de dépôt sur DPP
LE SOLEIL CRÉPUSCULAIRE ET L'ÉMERVEILLEMENT
Hors de question de chercher à me placer près de ma fenêtre, il est quatre heures du matin. Impossible de m'endormir. Mon cerveau est en mode effervescence et j'ignore pourquoi. Puisqu'il fait nuit, il est probable que la voûte étoilée dorme encore, les oiseaux aussi, sans oublier les voitures, les arbres et tout et tout....
Puisqu'il en est ainsi, je peux m'attarder à vous partager une anecdote sur l’émerveillement, plus particulièrement sur ce que j’appellerais "l’émerveillement autistique". Oui, je sais, cette dénomination peut sembler curieuse, c'est vrai, mais je ne saurais comment mieux l’appeler. Puisque le sommeil refuse obstinément de venir, autant passer un petit moment ensemble.
Avez-vous déjà remarqué combien la lumière de l’automne est d’une beauté rare ? À chaque fois que je la contemple, mon cœur est soulevé par une forme de paix, je ne sais expliquer, mais c’est ainsi. La clarté qui s’étale partout comme une couverture pour réchauffer l’espace, l’herbe, les arbres, les feuilles tourbillonnantes, les buissons, les routes… tout semble irradié par des rayons célestes apaisés.
À chacune de mes promenades, je ne peux m’empêcher de rester quelques minutes sur place, sans bouger. Je contemple. J’observe cette lumière liquide, cette dorure improvisée par l’Astre d’en haut. Il y a quelque chose de particulier dans cette clarté, quelque chose d’unique : je ne la vois qu’à l’automne, à nulle autre période.
Éblouie par cette lumineuse ingénuité, je suis saisie, je me tais. Tout en moi fait silence. Soudain, je me retrouve comme ensevelie sous cette splendeur, je disparais, il n’existe plus que la lumière et moi dedans.
Si par hasard, je ne me promenais pas seule dans cette allée de peupliers de novembre, si de plus le phénomène est là, en plein milieu de la journée, je ne pourrais pas m’empêcher de crier :
— Oh que c’est beau ! Regarde cette lumière, observe cette illumination crépusculaire en pleine journée !
À ce moment-là, le plus souvent par politesse, la personne dira au mieux :
— Tu as raison, c’est beau !
Puis, devant mon insistance à se laisser prendre par le spectacle, elle finira par dire :
— Bon, c’est bon là, on a compris. On va prendre racine !
Cette expression : « On va prendre racine » me fait toujours sourire. Je ne peux pas m’empêcher de répondre :
— Oh comme j’aimerais, vois-tu, prendre racine ici, comme ces arbres si tranquilles, plongés dans cette luminosité, tellement sereins.
Je pense que c’est à ce moment précis que mon accompagnatrice haussera sans doute les épaules, soupirera et poursuivra son chemin. Je n’aurais alors plus qu’à la suivre, car bien sûr, je ne désire pas perdre une amie pour une histoire de soleil automnal.
Cette scène dit assez bien cette aptitude à l’émerveillement qui peut surprendre.
Souvent, je l’ai constaté, chez certaines personnes autistes, un rien suffit à nous plonger dans le silence d’une contemplation qui étonne les autres.
Il me semble que cette capacité, devant la beauté du monde, la nature, les œuvres humaines ou artistiques, existe en chacun de nous, comme une trace d’enfance qui demeure. Mais chez certains, elle se déploie avec une intensité particulière.
Nous nous émerveillons tous, c’est heureux, nous sommes humains. Mais pour certains, cette disposition semble comme amplifiée, jusque dans les choses les plus ordinaires. Ce ne sera pas seulement pour un paysage remarquable ou une lumière exceptionnelle. Ce sera plus fréquent, plus spontané. Pour presque rien. Pour tout.
Ah, ne nous lassons pas de nous émerveiller. Le temps passe vite. J'aime remplir mes yeux, comme ça, les jours de "disette", je peux, par ma mémoire, revenir à ces beautés généreuses que la vie nous offre... Car...
La vie a toujours quelque chose à nous offrir.
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