Les chimères

 

Une toupie aux allures facétieuses qui flottait dans l’espace entraînait dans son oscillation bien des images.


D’abord, les oiseaux de l’innocence accrochés à leurs rêves d’enfant, les turpitudes de l’adulte tendu vers l’inaccessible, et les aînés dans l’attente des joies d’autrefois.

Ensuite, j’ai vu les oiseaux de l’indicible qui cherchaient le verbe censuré, les aurores boréales dont les arabesques formaient les vains présages de la paix, les chants langoureux des amours qui croyaient encore à demain.

 

Que de chimères dans ma toupie aux allures de petit bateau ivre ! Elle n’avait que la grâce des vertiges, ceux de nos mirages, le rythme des valses à cinq temps, à dix temps, à mille temps.

 

J’avais remarqué dans un angle les frissons encore tout tremblés des projets irréalisables, les peintures à peine achevées des utopies extravagantes. Je ne vous parle même pas des traces des rêveries naïves.

Un peu plus à droite, je respirais encore les parfums des contes fantastiques, les élucubrations construites à la force des poignets. L’odeur des espoirs impossibles flottait encore dans l’espace.

 

Ma toupie chimérique ne cessait pourtant pas de tourner ; il semblait qu’un simple courant d’air suffisait à la faire repartir dans ses ivresses illusoires.

 

J’apercevais dans sa danse tournoyante les folies douces du passé, les prodiges auxquels je croyais, les fictions imaginées par un cœur affamé, et les tourments d’un amour qui n’est jamais venu.

D’où venait cette toupie aux insolences sans nombre ? Elle avait raison cependant : il y avait de quoi rire, oui, rire de nos fugaces songeries, de nos souhaits irréalisables et de nos attentes démesurées.

 

Elle tournait et tournait encore, comme les aiguilles du temps qui filent sans notre accord.

 

Je vous en  supplie, venez, faites-la taire ! Que ses rires moqueurs ne parviennent plus à mes oreilles, ni sa cadence jubilatoire, celle qui agite ma mémoire.
Elle fait le tour de mes aspirations d’antan, l’anamnèse de mes espérances si confiantes. Oh, je vous en prie, faites-la taire ! Ses spirales m’emportent l’âme, et je me sens vriller.

 

Mon Dieu, emportez-moi dans l’œil de votre cyclone aux tendresses éternelles, dans le cercle de votre Amour extasié.


Ceux d’en bas ne sont que des roulades à vous tordre le cœur.

 

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