Tout ce que j'écris n'est pas forcément ma vie...
Le fumeur
Il part en fumée comme l’oiseau perdu au milieu des malheurs. Ses volutes forment un rideau fermé entre hier et demain. L’avenir rétrécit dans sa gorge en entonnoir. De ses lèvres à son cœur, il ne manque en vérité qu’un peu d’amour.
Il danse en fumée avec la grâce d’une ballerine sur une scène invisible. Ses arabesques s’enroulent autour de lui, on dirait une robe en mousseline, à peine plus fine qu’un papier de cigarette. De sa bouche à son cœur, il ne manque en vérité qu’un peu de ciel.
Il souffle sa fumée comme un soldat, qui, sur le champ de bataille, s’en va panser les plaies de ceux qui sont tombés. On dirait qu’il dresse le drapeau blanc de la paix pour que cesse la guerre. De ses peurs à son âme, il ne manque c’est vrai qu’un peu de douceur.
Il joue de sa fumée comme un enfant joyeux qui a tant à prouver. La belle impertinence de l’adolescent rebelle s’emporte bien haut. On dirait la soif inextinguible d’un jeune qui veut mordre la vie. De ses bouffées d’espoir à son cendrier, il ne manque je le sais qu’un peu de joie.
Il célèbre en fumée l’ivresse d’une fête fantôme. Avec sa musique et ses mots, l’orchestre est en tournée sur les plus belles scènes du monde. On dirait le voyage troubadour d’un poète en quête de beauté. De ses effluves à son chant, il ne manque peut-être qu’un peu plus de rêve.
Il saigne en fumée d’une plaie incurable. Il y dépose ses nuages gris comme autant de pansements pour guérir. On dirait la brume âcre du désespoir qui cherche son remède. De son tabac à sa chambre intérieure, il ne manque c’est sûr qu’un peu de tendresse.
Il part en fumée pour la joie et pour la fête, pour le meilleur et pour le pire, comme tout amour fidèle s’en va s’unir un jour….
Comme tout amour.
Mais sans retour.
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