Tous mes textes ne reflètent pas toujours mon propre vécu...
La Girouette
Le petit coq sur le toit obéit à la force du vent ; il se laisse conduire comme bon lui semble sans jamais être pris de vertige. Il n’a pas peur d’ailleurs, le vide ne l’inquiète pas. Dans la pluie ou sous l’ardeur du soleil, il poursuit son office : un peu plus à droite, ou bien vers la gauche. Parfois, il tourne sur lui-même comme un petit derviche tourneur.
L’Amour qui me porte imite les girouettes placées sur les tuiles. Dans son ivresse, il titube souvent. Se peut-il que le souffle d’un baiser effraie autant, ou bien, trop désirable, lui vient-il l’envie de fuir tout droit devant ?
Mon Amour posé sur les hauteurs virevolte comme les étourneaux dans leur danse printanière ; pourtant, a-t-on déjà vu une girouette s’étourdir comme un oiseau ?
Le petit coq en haut se ravise et revient ; je l’entends même chanter quelquefois sous l’ardeur des tempêtes querelleuses. Cet amour me surprend par ses incessants retours d’un côté puis de l’autre. Comme est étrange cette façon de tourner sans bouger, de se raviser puis de revenir, toujours en voyage sans jamais quitter le quai d’où il ne peut partir.
Mon amour pivote au gré des turpitudes et des hésitations. Il aimerait quitter son axe pour voler lui aussi, comme les avions, les oiseaux ou les anges. Je l’ai vu plusieurs fois prendre son élan, sûr de son cœur et des invitations, mais à la première tentative, il vit qu’il ne le pouvait pas.
Mon Amour est en douleur à gesticuler sur les toits ; à le voir ainsi, voyageur dans ses chevauchées imaginaires, il me vient l’envie de pleurer. Un amour empêché n’a pas d’espoir ; c’est en vain qu’il désire aimer. Il cherche à se mouvoir mais ne peut bouger, il oscille sans jamais se déplacer.
Il me fait penser à ces ritournelles du passé dont on a oublié les mots ou bien à ces années de trop qui pèsent sur le dos des petits vieux. Non, je me trompe, il est comme un oiseau blessé, engourdi par les saisons qui s’enfuient.
Mon amour se hisse à hauteur de girouette qui n’indique plus rien, ni le sens du vent, ni l’horizon, ni l’aurore ou le crépuscule. Il ne sait plus rien. Analphabète perché sur les toits, en manque d’un regard. Invisible fantôme à hanter son secret.
Les drapeaux flottent aux fenêtres, eux, on les voit, mais un amour fixé comme un défi à la tendresse, qui pourrait s’en douter ? Alors il danse en quart de tour ou en tour tout entier, il se balance, maladroit, comme s’il était idiot. On pourrait croire qu’il gêne ; tant d’amour à tanguer par les transports qui le traversent, ce n’est pas si courant.
Mon amour est un oiseau mort, il n’est bientôt que dépouille, déjà rigide en fer forgé sous la brise. Non, même impossible ou brisé, il ne saurait mourir, il valse en mille temps sous les assauts des bourrasques qui l’animent.
Mon Dieu, que vienne le blizzard des passions qui le chahutent ou l’air tiède du zéphyr en été, il ne peut s’inviter dans les âmes fermées. Scellé par le socle en altitude, seuls quelques merles étonnés viennent s’y poser. Mais tandis qu’ils rendent hommage à l’infinie beauté des cieux, mon amour, piégé dans les sommets, ne peut plus que frémir.
Mon amour impose l’ascension des cimes, ce n’est pas si fréquent. Alors il reste seul, perdu dans les grandeurs inaccessibles. Je pleure.
Mon amour en girouette, immobilisé à tout jamais, secoué par l’altitude d’un Amour qui ne peut se donner.
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