TANT MIEUX
Une branche de buis, un bout de nature, un rien fragile et si joli.
J’ai arraché un branchage du buisson, un tout petit végétal pour orner ma maison. Trois fois plus modeste qu’une rose, tout simple, sans grâce ; sans parfum ni couleur originale. Une brindille verte avec quelques feuilles un peu rêches, vertes et sans allure.
Un morceau de paysage dans mon salon, une trace de la beauté du monde, sans le bruit ni les mots. Un fragment inerte d’une vie dont j’ignore presque tout. Quel âge a-t-il et combien de temps lui faudra-t-il pour mourir ? Quelles sont ses molécules, son histoire, son passé, son avenir ? Pourquoi lui ? Autant de questions mystères et qui le resteront.
Tant mieux.
Une branche inconnue, un rameau d’existence, un brin de secret, une confidence silencieuse.
J’ai pris une branchette sans yeux ni bouche, juste une écorce sombre, une rigidité maladroite, un peu tordue, avec un nœud de bois au milieu. Une épée pour les enfants guerriers des bacs à sable, un laser capable de tuer tous les méchants. Une partie de l’univers qui n’existe pas sur la lune, ni dans le soleil. Où donc retrouver ce petit extrait naturel, dans quel ailleurs, quelle contrée du monde ? Autant d’énigmes.
Tant mieux.
Un petit reste de nos jardins anonymes, un peu de nos bosquets sur les trottoirs des villes, un filament de lumière arrosé parfois par le soleil. Un débris de forêt qui craque sous nos pas, une part sylvestre des poumons de la terre, un reposoir à moineaux. Pourquoi sa forme et sa taille ? Va-t-il repousser si je le plante en terre ? Est-ce que les autres branches restées à leur place vont grandir ? Autant d’inconnues.
Tant mieux.
J’ai ôté une ramure de la broussaille, je l’ai posée sur ma table, près de mes plantes. Une ligne aussi droite que les rayons du soleil, un doigt pointé vers l’innocence forestière, un trait d’union entre l’humus et les feuilles, un porteur de feuillage et d’ombre, une tige pour bourgeons printaniers.
Un drôle de médiateur entre le ciel et la terre, un presque rien si fertile, plein de ressources insoupçonnées. Il aurait pu être racine ou bien à la cime d’un arbre, un objet sculpté à faire pâlir les menuisiers, un cadre pour photos anciennes, un lien de plus dans l’espace et le vent. Comment savoir quelle était sa destinée si je ne l’avais pas pris ? Autant de secrets qui le demeureront.
Tant mieux.
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