Altitude insonore
Je suis partie loin devant, où nul regard ne peut me suivre. Dans ma retraite, à l’abri des yeux inquisiteurs et des questions vaines, j’écoute les mélodies silencieuses du vent qui bercent les feuilles de lierre sur le mur face à ma fenêtre.
Je suis là où personne ne peut me rejoindre. Dans le creux d’une grotte invisible, le soleil darde ses rayons ; il inonde de sa splendeur tout ce qui m’entoure, devant, dedans, derrière, partout. Intrusif comme aucun autre, il est le seul que j’autorise à parler. Il a même le droit d’entrer chez moi, lui seul. C’est un compagnon lumineux aux louanges infinies. Il ignore tout de nos lassitudes : telle est sa grâce.
Éloignée du vacarme des langues, des brouhahas inutiles et des sarcasmes implicites, me voilà quelque part, réfugiée dans l’antre du silence. Ce silence, immense comme l’amour. Il diffuse la paix des astres à la tombée du jour, répand sa quiétude habitée ; enfin, il recouvre de son manteau protecteur de bruit, mon âme fatiguée.
Il raconte l’indicible dont je n’avais pas vu les traces. Il se déguise en vagues océaniques, il vient et s’en va, dans un perpétuel mouvement entre mes pensées désordonnées et mon cœur apaisé. Il agit ainsi jusqu’à ce que tout se taise, dans un recueillement salutaire, imposant, que je n’aurais pas choisi juste avant.
Il prend les ailes de l’Aurore pour m’emporter là où tout chante sans paroles, là où toutes les résistances s’effondrent, à distance des tapageurs du monde, de leurs décisions belliqueuses, de leur propension à tout savoir, tout connaître, tout comprendre.
Ses chuchotements, éparpillés par sa bouche sans voix, m'ôtent tout désir de sagesse ou de science. Tout contre lui dans l’éclat du jour transparent, je goûte à sa nudité sans outrance, à sa chaleur en liberté, à sa grandeur discrète. Il n’est là que pour donner sans me prendre. Il me partage sa bonté sans rien forcer.
À l’écart des contradictions qui nous hantent, sous le toit de son univers fait de ciel et de terre, entre l’eau et le feu, je demeure tranquille, sans raisonner. Je consens à respirer son parfum muet, au rythme de ses palpitations.
Il se pare de ses haillons de mendiant ou de ses jouets d’enfant ; il remet son sceptre entre mes mains ou m’envoie ses sourires. Me revoilà poussière ou bien géante, nue, traversée par son regard. Peut-être aussi, quelquefois, un peu perdue sur ses sentiers qui mènent au ciel, mais aussitôt retrouvée dans ses bras d’innocence, sans lois qui m’oppressent.
Je suis partie hors de portée de ce qui me blessait trop fort, aux antipodes des certitudes assénées, de tout faux-semblant, des mensonges assumés, des dénis volontaires.
Me voici dans l’atelier réparateur d’une altitude insonore, l’être tout entier à l’unisson d’un ailleurs qui nous attend. Je me rends, mes armes et mes pensées, mes défenses et mes projets. Je ne regarde plus rien, rien d’autre que l’espace habitacle du Divin, vide de nous et plein de lui.
Qui sommes-nous ?
Une fenêtre ouverte à l’Amour, une poussière envolée dans l’espace du temps, un battement d’ailes vers l’horizon, un poème maladroit dans une bouche écolière, une réverbération de la lumière, un reflet du ciel…
C’est pour ça… que le silence nous aime… et Dieu dedans.
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