Il est venu

 

Il vint telle une éclaboussure de soleil dans la morne solitude du mois de mars. C’est ainsi que je le définirai, oui, comme un cri retenu, de joie ou de peine, je ne saurai le dire. Enfin, il fusa, plus vite et plus fort qu’un éclair dans le ciel.

 

Une vocalise improbable avait jailli dans la lumière de ce triste jour. Comme si tout d’un coup une multitude d’oiseaux cachés sortaient d’une gorge pour venir chanter. J’ignorais même leur proximité avant de les entendre. Ils célébraient à leur manière la douceur mélancolique d’un cœur esseulé.

 

Une clameur dans l’espace monotone, quelque chose comme le bruit d’un tissu qu’on déchire. On aurait dit une blessure mal refermée qui saignait, malgré tout, sa beauté douloureuse. Il paraissait plus beau, plus pur que je ne l’aurais cru juste avant.

 

Non, vraiment, au vu des heures que je venais de passer, je ne m’attendais pas à un tel prodige. Car c’est bien de cela dont il s’agissait : un prodige. Une forme rare d’inattendu dans la routine d’une journée grise, sans élan ni sourire.

 

Il vint, telle une pie voleuse, une sans gêne, sans belle manière. Je pense, à bien y réfléchir, qu’il se comportait comme un intrus, un cambrioleur d’âme étourdie par l’absence et le vide. Quel toupet, ce grand fracasseur de lèvres closes, comme si, à tout prix, il devait se faire remarquer. Je n’aurais pas pu m’en douter.

 

On se connait si mal n’est-ce pas ? Où se blottissait-il juste avant d’apparaître ? Nul ne le sait. Je n’avais pas soupçonné sa présence, comment l’aurais-je pu puisque tout autour de moi vibrait de plaintes et de chagrin ? Quelle merveille, finalement, si cet audacieux a osé.

 

Il ne resta que quelques minutes à peine, et encore même pas sûr, mais il avait éclairé mon appartement de tout son éclat. Il avait fallu peu de choses pour qu’il arrive avec prestance, sans respecter les codes. Quelque peu opportuniste, il avait suffi d’un appel et d’un peu de lecture.

 

Finalement, je ne le regrette pas.

 

Ce soir, dans mon carnet intérieur de gratitudes, j’écrirais, pour ne pas mourir, qu’il est venu.

Je raconterai, pour vibrer encore dans le silence solitaire, qu’il est venu.

J’inscrirai dans le registre de ma retraite où jamais personne ne vient, qu’il est venu.

Dans ce désert où même le vent est muet, qu’il est venu.

Dans ma vie à la pauvreté nue, qu’il est venu.

 

Oui, il est venu.

Le rire.

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