Une jolie musique pour illustrer mon texte...
Poussière rebelle
(*) Expression de Ste Thérèse des Andes
Je suis une poussière rebelle qui se prend pour quelque chose. Le vent souffle sur le sable du désert, je m’éparpille un peu partout en mille et mille particules. L’air m’emporte sur les vagues de l’air tiède, je pars et je reviens, je virevolte dans une danse improbable.
À trop vouloir l’inaccessible, on croit atteindre les étoiles. Leurs robes magnifiques habillent la voûte des cieux en multitudes d’éclats de lumière. Leurs courses filantes entraînent avec elles les vœux des enfants, tandis que je les regarde de la terre, incapable de briller avec elles.
On s’imagine être plus grand qu’on est. Pour un succès, une victoire minime, nous voilà déjà rois couronnés de gloire, nos âmes gonflées à la chaleur vaniteuse ambitionnent toujours plus, toujours mieux, toujours plus haut. J’observe ce ballet inutile, débarrassée de mes oripeaux d’antan, voltigeuse éphémère que je ne veux plus connaître.
Je marchais sur des échasses aux glorioles passagères. Pour un triomphe légitime qui n’avait rien d’un exploit, je me croyais héron au-dessus des autres oiseaux, cou gigantesque et jambes alertes. En réalité, je ressemblais davantage à un moinillon blessé tombé du nid.
Je suis une poussière rebelle perdue dans le cosmos immense. Les bourrasques fugueuses fouettent la vie de tant d’épreuves. Elles me transportent avec elles sur les rives du consentement que je n’avais pas vues. Je pars et je reviens, je virevolte comme un grain de rien du tout, en gesticulation malhabile.
À trop désirer grandir, on croit surpasser le vertige des hauteurs. Les sommets des montagnes respirent un air très pur, l’altitude les enveloppe de leur fraîcheur tandis que je les contemple, du bas, tout en bas, inapte à les rejoindre.
On se prend pour ce qu’on n’est pas. Pour un idéal ou un rêve, parfois exaucé, nous voilà empereurs en illusions fugaces, nous sommes importants, que dis-je, indispensables. On sait tout, on connaît tout, on a toujours raison. Pourtant, je pars et je reviens, soulevée par le zéphyr décoiffeur, jouet des soubresauts involontaires dont la providence a le secret.
Je me prends pour le monde, pour l’axe qui le fait tourner, comme si je connaissais tous les rouages, tous les atomes et leurs neutrons. Devant la terre, sa lave et ses volcans, ses océans tapageurs, ses minuscules et ses géants, qui suis-je ? Si ce n’est celle qui s’en va puis s’agite, bousculée par les élans d’un mystère qui me dépasse.
La sagesse ne vient ni par la grandeur, ni par l’abaissement, ni par les victoires, ni par la domination, ni par la volonté. Elle est ce qui advient quand je reconnais ce qui est et ce qui n’est pas. Rien d’autre. Petit néant bercé par les mains de l’Absolu.
Je suis une poussière rebelle et rien de plus.
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