L’Archipel des Désirs Indésirés
J’aurais beau traverser les océans à la rencontre de votre cœur, vous restez une énigme lointaine que je ne puis atteindre.
J’aurais beau soulever votre ancre, descendre votre voile, vous guider vers mon phare, vous restez l’inconnu que je ne puis rejoindre.
J’aurais beau écrire les plus belles lettres, épuiser toute l’encre de mon âme, signer à chaque page, je le sais, jamais je ne pourrais vous voir.
J’aurais beau vous chercher, vous le blessé que nul ne peut connaître sans souffrir, vous restez l’indompté, l’insoumis des bourrasques.
J’aurais beau chanter avec les goélands à l’assaut de votre chalutier, vous n’entendriez rien, sinon l’étrange complainte d’une conquête vaine.
Oh mon Dieu, que je vive ou que je meure, vous resterez cet éperdu chercheur de sens parti par des chemins que je ne peux trouver.
Vous êtes mouvant comme un nuage dans un espace où je ne peux me rendre. Comme un oiseau fatigué de ses envolées, vous demeurez quelque part, dans ce lieu que je ne peux rallier.
Dites-moi, qu’ai-je fait pour mériter de ne pouvoir ni vous toucher, ni vous regarder, ni vous aimer ?
J’aurais beau semer mes fleurs, grimper comme le lierre aux parois de votre jardin, rien n’atteindra le refuge où vous vous cachez.
Oh mon Dieu, comme sont étranges nos quêtes, nos fugues, nos espérances et nos regrets ; la vie, semblable au sommet d’un glacier que nul n’atteint sans glisser.
Dites-moi, en quoi vous ai-je blessé ? Qu’ai-je dit, ou manqué, pour que vos yeux regardent ailleurs, dans une direction que je ne peux croiser ?
Vous êtes l’impossible contrée de mes voyages en solitaire, la lumière intacte de mes rêves d’enfant, l’absence indélébile d’un être qui vous était voué.
Il ne vous manque pas mon manque. Il ne vous rêve pas mon rêve. Rien, rien de rien, ne vous ramène vers mon île.
Qui êtes-vous ? De votre distance à votre indifférence, comment vivez-vous sur ces rives que je ne peux atteindre sans pleurer ?
Vit-on bien dans l’archipel des désirs indésirés, des respirations sans souffle et des chagrins sans larmes ?
Oh mon Dieu, par quoi suis-je traversée ?
Il marche entre ses déserts et ses ruisseaux indignés, tandis qu’altérée, je soupire vers une autre destinée.
Tant pis.
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