A mon "j'y vois jour" ...
L’écriture, c’est fini !
J’avais décidé d’arrêter d’écrire pour tout un tas de raisons.
Je ne désirais pas faire de l’écriture une rivale du Divin. Je refusais de la vénérer plus que Lui. L’idolâtrie est notre pente naturelle. D’un rien nous en faisons notre Dieu, à commencer par les créatures, qu’elles soient humaines ou non.
J’étais convaincue : je devais en finir avec les mots, les lettres et la prose.
Fini mes élans que personne ne lit, finies les tendresses du verbe, terminées les danses royales des paroles peintes avec mon cœur.
À tout jamais, je n'envolerai plus des phrases ciselées au fuseau de mon âme laborieuse.
Mais voilà : de détachement en détachement, de mon autisme à l’isolement, il ne me reste, après Dieu bien sûr, que l’Écriture pour seul ami.
Alors j’ai changé d’avis.
Parce qu’après tout, l’Amour ne peut concurrencer l’Amour. Parce que l’Amour ne peut effacer la beauté du langage.
Je ne pouvais lâcher ma plume pour d’autres amours éphémères, pour des refus, des jalousies ou des rejets.
J’étais convaincue : il me fallait cesser séance tenante. J’avais perdu, du moins le croyais-je, le goût d’écrire, en même temps que d’autres souhaits irrésolus, d’autres rêves impossibles.
Alors pourquoi tracer sur le papier une prose que l’on dit jolie, puisque le cœur n’y était plus ?
Et si, de plus, j’offensais l’Amour infini de Dieu en le remplaçant par ma plume ?
Je ne souhaitais pas prendre ce risque. Le monde est en déclin, plein de guerres et d’horreurs : hors de question de lui imposer un poids supplémentaire.
Mais, de commencement en recommencement, de ma solitude à ma sensibilité, il ne me reste en vérité que l’expression de cette musique du langage.
Je ne pouvais pas l’abandonner.
Alors j’ai changé d’avis.
Parce qu’après tout, aucune guerre ne peut défier l’Amour. Aucune ne peut étouffer la sonorité d’une âme éprise de Transcendance.
Je ne voulais plus écrire. Pourquoi poursuivre une quête inutile, quand tant de lecteurs se détournent de la profondeur, des pauses contemplatives et du temps ralenti ?
Mon style ressemble aux oiseaux qui volent sans connaître leur chemin : j’aime la beauté de leurs arabesques improvisées. Mes mots voguent avec eux, sur les ailes d’un vent scripturaire.
Avais-je encore ma place dans ce décor mondain, dépourvu de grâce et de temps ?
Pour un amour qui se refuse, pour une fleur qui ne me regarde plus, pour les averses intemporelles d’un cœur brisé, allais-je tout cesser ?
Moi qui n’aime ni les « likes » consuméristes, ni les faire-valoir du marketing, ne devais-je pas tout interrompre ?
Mais, de renoncement en renoncement, de ma réclusion à mon éloignement, il ne me reste, en vérité, que l’écrit pour seul amour et pour seule compagnie.
Un sage en spiritualité m’a dit : « Dieu vous veut vivante. »
Alors j’ai choisi la vie. Je vivrai, je le dois. Je vivrai, je le veux.
Je choisis la vie, vivante au fond de moi, qui me conduit à Dieu.
Même si je dois la chercher, creuser la terre de mon être épuisé, je trouverai l’eau vive : la vie dans l’écriture, l’écriture dans la vie.
Qu’importent les amours déçus, la fuite des heures, le vieillissement d’une auteure démodée aux valeurs surannées : je choisis l’écriture.
…
L’écriture, ce n’est pas fini.
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