La boite à papillons

Je cousais une petite boîte ronde en tissu. De la popeline de coton sur laquelle étaient dessinés tout un tas de papillons de toutes les couleurs, qui volaient dans tous les sens, devant, derrière, au-dessus, au-dessous, en rond, en arabesques. Oh les jolies bêtes facétieuses !

 

Je n’arrivais pas à réaliser la fermeture éclair du milieu, celle avec laquelle on pourrait ouvrir la boîte. J’avais beau m’appliquer, la doublure résistait tandis que la glissière refusait obstinément de coulisser.

 

J’ai souri devant l’intrépidité des petites créatures ailées, celles du tissu. En réalité, on ne le sait pas toujours, mais les papillons portent nos émotions : ils dansent, ils crient, ils s’amusent.

 

Depuis le début de la matinée, la mélancolie envahissait tout. D’abord les meubles, baignés de lumière, puis les plantes, si tristes que l’une d’elles penchait bien bas, sans compter les autres tissus posés sur une chaise qui ne cessaient de glisser à terre.

 

Oui, vraiment, l’air manquait. Enfin, peut-être pas pour les papillons. Ils avaient l’air un peu grisés par la solitude, et continuaient leur course sur le tissu rétif, sans indulgence pour mes doigts malhabiles. La fermeture, quant à elle, refusait toujours de céder.

 

Bientôt fatiguées, les ailes affolées esquissèrent des pirouettes, comme pour apporter un peu de joie à cette atmosphère confinée. Elles se donnaient du mal, je le voyais bien. Après quelques minutes, je les ai vues s’élever un peu plus haut, vers le ciel. Elles priaient. Je les comprenais : le climat du ciel est parfois le seul qui convienne, celui qui peut nous rejoindre quand, en bas, tout nous étouffe et nous blesse.

 

Ensuite, j’ai continué de coudre les poches et les côtés, les anses et la doublure. Les créatures envolées sont revenues de leur chapelle invisible. Le soleil brillait ; elles séchaient les larmes restées à la surface de leurs couleurs, puis se posèrent à nouveau sur la popeline, sur le coton, sur ce cœur incapable d’exulter.

 

Petit à petit, la boîte prenait forme. Je vis son visage devenir de plus en plus joli ; à sa vue, même les lèvres du fermoir esquissèrent un sourire. Les papillons, à présent immobiles, savouraient ce miracle.

 

Une boîte à papillons frémit dans un cœur à recoudre…

Sans fermeture ni glissière.

 

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.