Le Soleil est devenu complice de mon écriture

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Le Soleil est devenu complice de mon écriture

(Partie 3)

Me voici, comme depuis deux jours, à m’installer près de la fenêtre de mon salon. Le Soleil frémit de plaisir à me voir revenir pour cette énième tentative d’écriture. Il me sourit, je crois que l’on se ressemble un peu tous les deux. Lui avec ses rayons obstinés, moi avec mon clavier entêté. Je ne sais lequel des deux finira par gagner. D’ailleurs, est-ce un concours ? Non. Pourquoi faudrait-il toujours se mettre en situation de compétition ? Bien inutile, en vérité. Surtout quand il s’agit d’un astre et d’un être solitaire.

Il n’est pas mon rival, je ne lui ferai jamais concurrence. Les quelques cheminées aux paraboles attachées font encore acte de présence, tout comme le lierre du mur d’en face, les arbres sur le côté, les oiseaux posés sur le fil électrique. Tout est à sa place. Même moi, derrière mes carreaux, à regarder ce qui ne change pas d’un jour à l’autre. Faut-il beaucoup de mouvement, de remue-ménage et de changements pour que la vie nous intéresse ? Certes pas. En tout cas, pas pour moi.

Ma solitude a la saveur d’une orchidée, celle que j’ai placée près de moi. Son nom est compliqué : « Dendrodrium nobile ». Avec cela, autant la siffler, ce sera plus rapide ! J’ai pour compagnie les fleurs et les plantes, les feuillages endormis sous la brise du jour, et puis voilà. C’est tout.

Entre les voitures du parking, les ombres dansent un peu. Juste ce qu’il faut pour que les véhicules se sentent à l’aise. Je n’ai pas encore vu de conducteurs reprendre leur engin. Ils auraient bien tort, en effet, de ne pas profiter de cette belle journée : rien ne vaut la marche à pied pour apprécier toute la saveur du mois d’avril. Enfin, je devrais nuancer mon propos parce qu’en vérité, je ne sais pas conduire. Est-ce le même plaisir lorsqu’on conduit ? Derrière son volant, avec un peu de vitesse, le soleil rieur sur des lunettes bleues, un peu de musique sans doute… oui, finalement, on doit éprouver, j’en suis sûre, quelque chose qui s’approche de la joie, du bien-être ou de la quiétude. Enfin, je l’espère.

Les arbres gonflés, à la chevelure frisée, chantent devant moi. Jamais on ne croirait que ce sont les oiseaux qui entonnent leur chant. Non, pas du tout. À bien y regarder, on pourrait plutôt penser que c’est l’arbre lui-même qui chante, en vocalises, en sifflets, en hommage au ciel tout bleu. Les arbres chantent et les oiseaux écoutent ; le parking respire la joie de son immobilité printanière ; les gouttières elles-mêmes sont en mode réceptif. Tout est pause, tout est figé, tout repose en paix, là, juste là, alors qu’à quelques mètres à peine, le grand boulevard s’agite en feux rouges et virages, en circulation routière, en vacarme.

Étrange, n’est-ce pas, qu’une telle agitation soit si proche alors qu’ici, face à ma fenêtre ravie de me revoir, je n’entends presque rien. Oh, ce n’est pas si étonnant : tant de contradictions nous traversent, tout le temps. La joie et la peine cohabitent, la peur et la paix aussi, l’amour et la souffrance.

Les mésanges me saluent près du lilas fleuri, juste à ma droite. Quel chanceux, cet arbre-là ! Il vit dans un beau jardin en plein centre-ville. J’ai déjà vu le propriétaire. Il ne sait pas que j’en profite, perchée au deuxième étage de mon HLM, juste en face. J’observe la pagaille des herbes hautes, les buissons qu’il oublie de tailler. Pas grave : plus c’est le désordre dans un jardin, plus j’aime. Je déteste les sculptures à la française. Je ne saurais dire pourquoi, trop géométriques à mon goût.

Bon, une fois de plus, je n’ai rien écrit. Le soleil rit à gorge déployée ; on dirait qu’il s’écrie : « Il est 16 heures, petite, arrête, ce n’est pas encore aujourd’hui que tu écriras quoi que ce soit. » Je dois admettre qu’il a raison. On est complices maintenant. Je lui adresse un clin d’œil ; les cheminées insolentes lèvent les yeux au ciel, agacées par mon peu d’inspiration. Une autre fois, peut-être. La vie fait souvent ce qu’elle veut. Mes rideaux peuvent soupirer, ils n’y pourront rien, c’est ainsi.

La vie, quoi….

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