Illustration musicale ci-dessus. 

La science du Don

 

 

L’arbre en fleurs ouvrait grand sa poitrine tournée vers le ciel. On aurait dit qu’il cherchait à respirer l’air d’en haut, celui qui nourrit. Celui qui aère l’intérieur d’une nouvelle vague de fraîcheur, celle du printemps.

 

L’arbre en fleurs ouvrait grand sa bouche vers le haut comme pour aspirer l’oxygène venu d’ailleurs. Il avalait avec plaisir les quelques nuages impassibles juste au-dessus de lui tandis que le bleu céleste le regardait avec autant d’amour que les yeux d’une mère penchée sur son petit.

 

L’arbre en fleurs ouvrait ses bras en autant de branches qu'il pouvait. Il offrait sa chaleur avec la générosité d’un enfant qui offre son premier bouquet. Il donnait, sans tenir compte de l’indifférence généralisée des passants qui venaient près de lui. Il donnait, il ne connaissait aucune autre science, juste celle de se donner, sans regret, sans compter. D’ailleurs, les feuillus ne savent pas compter. Ils se multiplient en fleurs, en branches, en pétales et en racines. Ils sont l’abondance. Toujours.

 

L’arbre en fleurs ouvrait ses yeux face au soleil d’avril, sans sourciller, admiratif de la voûte immense qui l’inondait de sa présence. Il observait tout ce qui l’entoure, des autres végétaux aux insectes minuscules, des oiseaux lyriques aux pigeons paresseux. Il regardait sans se lasser. Il aime tant contempler. Il a tout le temps pour cela. Avec les mésanges curieuses, il se remplit les pupilles des beautés éphémères qui voguent autour de lui.

 

L’arbre ouvrait ses fleurs en vue du printemps qui s’éveille. Bientôt, elles deviendront son feuillage tout neuf, sorti de lui, on ne sait trop comment. L’étrange mue qui s’opère, semblable à la chenille devenue papillon : les pétales, bientôt, seront des feuilles. Le mystère est si grand, l’insaisissable métamorphose de la vie à la mort, de la mort à la vie.

 

L’arbre ouvrait grand son cœur résineux, relié à la splendeur du firmament, enraciné dans l’humus. Si quelconque en son décor printanier, si vaste pourtant pour les moineaux qui viennent y fabriquer leur nid. Il est spirituel, tendu vers l’au-delà, jusqu’au vertige, en proie à une soif qui le dépasse.

 

L’arbre ouvrait grande son âme végétale, entre l’azur et la terre, entre le haut et le bas, comme un trapéziste dans le vide, sans peur ni gloire. Suspendu dans l’atmosphère, il célébrait la vie miraculeuse irriguée par la sève des jours. Il ne s’étonnait même pas de la lourdeur de son tronc tenu par la pesanteur racinaire. Cela ne l’empêchait pas. Rien n’empêche de s’élever plus haut que soi. Il suffit d’aimer.

 

L’arbre ouvrait grand vers l’Amour.

 

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