Droits d'auteure protégés - preuve de dépôt
Il est des faims insatiables que nul ne peut combler sans se leurrer. Qui peut penser que le rassasiement est à sa mesure ?
Je ferme les yeux de la chair pour ouvrir ceux de l’âme. Les voilà tournés vers ce "je ne sais quoi" qui manque, ce léger souffle venu d’ailleurs qui gémit l’indicible. Vers le cri déchirant d’un appel sans réponse.
Comme captivée par l’air du dedans, ce soir, je remarque la valse ingénue des rêves manqués, le compte à rebours qui me sépare encore de la fin et la plainte stridente des amours enfuis.
Il est des soifs inaltérées qu’aucun ne saurait nier sans tricher avec lui. Qui peut croire en vérité qu’il comble très bien le puits qui l’attire ?
Je rouvre les yeux pour fermer ceux du cœur blessé par tant de plaies. A quoi me servirait de savourer les tristesses accumulées ? Je préfère lever la tête, j’observe la forme des nuages, j’écoute les notes du pinson frimeur, je sens la caresse du vent sur mes joues. Tout est si grand dès que l’on sort de soi.
Il est des appétits en forme de prière ou de cris, ce qui, finalement, est pareil. Je n’ai plus envie de m’en aller d’ici. Où suis-je ? Quelque part entre moi et le ciel, entre l’éphémère et l’éternel, mais toujours dans le trou, la fissure, le ravin du manque d’amour.
Un peu comme une tombe à l’avance, qui n’attend que notre arrivée, comme prince en son royaume.
Il est des insuffisances ou des carences, qu’importe les mots, qui peut imaginer un seul instant que nous en sommes un jour ou l’autre dépourvus ?
Je ferme les pupilles de mon âme pour rouvrir ceux du cœur. J’entends murmurer la nuit et le jour, le fort, le fragile. Et puis toujours ce soupir intérieur qui psalmodie jusqu’à l’hypnose notre désir du ciel. Parfois même, je perçois le son du tocsin. Il sonne le rappel de la beauté enchainée. Elle se sent si souvent délaissée.
Il est des échos venus du plus profond de nous. Le tréfonds témoigne de notre avidité d’enfant, sans masque ni rancunes. Il fait toujours beau au-delà des nuées, les hirondelles entourent sans cesse de leurs vols innocents le trône royal de notre jardin secret. Quand cesserons-nous nos légendes personnelles, notre sagesse illusoire ?
Il est des agenouillements plus honorables que nos savoirs biaisés. Qui nous empêche de consentir au mystère ? J’aime l’authenticité de nos demeures invisibles, plus près de nous que nous-mêmes. Connaturelle à ce qui nous dépasse, notre intériorité nous tend la main, le regard embué de larmes par tant de nos absences.
Nous nous croyons savants, artistes, maîtres, ou que sais-je encore. Que je les ferme ou que je les ouvre, mes yeux rencontrent toujours notre enfance, notre vérité et notre soif d’absolu. Il subsiste en nous, une sacralité qui purifie, qui nous élève aussi. Elle nous parle du Tout Autre, du pays d’où nous venons, et où nous reviendrons.
Un peu comme un vide où tomber sans vertige, de retour à la maison.
Un peu comme notre tombe, à l’avance, attend notre arrivée...
Comme un enfant revient dans les bras du Père.
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