La fidélité des Sommets
(Chronique inspirée par l’exploit de Maël et le Pic d’Aneto)
« La Terre tourne, la Croix demeure »
(Inspiré d’un article du Figaro du 3 juin 2026 par Loïc Passot)
Dix-huit ans. En pleine force de l’âge. Maël est monté sur le plus haut sommet des Pyrénées, le pic Aneto, à 3 404 mètres d’altitude. Il venait remplacer la croix qui s’y dressait depuis des décennies et qui avait été sciée à la meuleuse lors d’un acte gratuit de vandalisme.
À la suite de cette destruction absurde, ce jeune apprenti paysagiste, qui n’est pourtant pas croyant, a décidé de sculpter une nouvelle croix dans un tronc d’arbre. Une fois son œuvre achevée, il l’a hissée jusqu’au sommet pour l’y fixer. Grande, épaisse, magnifique. Malgré son poids, près de trente-cinq kilos, sans compter le matériel nécessaire pour l’arrimer solidement, le jeune homme n’a pas hésité. Il a pris le chemin de la montagne et porté jusqu’au bout la charge qu’il s’était imposée.
Puis Maël est redescendu, fier du travail accompli. Il ne s’attendait certainement pas à voir cette nouvelle croix devenir à son tour la cible d’un autre acte de vandalisme. Alors, ni une ni deux, accompagné d’un ami, il est remonté là-haut, cette fois avec tout ce qu’il fallait pour rendre l’ouvrage plus solide et empêcher, il l’espérait, une nouvelle dégradation.
Après cela, il a déclaré qu’il reviendrait chaque fois que nécessaire.
Maël, qui ne partage pas la foi chrétienne, explique que cette croix a toujours fait partie du paysage, qu’elle constitue un repère précieux pour les montagnards et qu’elle appartient à l’histoire du lieu. À ses yeux, il n’existait aucune raison de l’enlever.
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Lorsque j’ai découvert cette histoire, quelque chose en moi s’est arrêté. Depuis, elle ne quitte plus ma pensée.
Je ne saurais expliquer exactement pourquoi. La persévérance de Maël, son travail, son respect pour ce symbole, son obstination à le remettre debout, vaille que vaille. La charge qu’il a portée, le but qu’il s’était fixé, tout cela m’a plongée dans une profonde admiration. Jusqu’aux larmes.
Non seulement pour ce garçon, mais aussi parce que je suis croyante et que ce symbole retrouve ainsi sa place au sommet de la montagne. Il était là depuis 1951.
À vrai dire, je ne peux songer à ce récit sans qu’une émotion très vive m’étreigne.
Au plus haut point d’Aneto, en esprit, je monte moi aussi jusqu’au sommet. J’attache les deux bras ouverts sur le monde. Je plonge avec les racines du bois dans la roche de la terre. Ensuite, parce que notre planète est mouvante, je tourne avec elle autour de cette croix superbe, fruit du travail des mains d’un homme.
J’y vois une sorte d’offertoire silencieux, le plus beau qu’il m’ait été donné de contempler depuis longtemps.
Oui, je tourne avec elle, par la pensée, chaque fois que je relis l’article ou que je regarde cette photographie où l’on voit Maël lever les bras en signe de victoire, là-haut, au sommet.
En ce XXIe siècle qui s’annonce si périlleux, j’ai vu dans ce périple une merveilleuse bouffée d’espérance. Une jeunesse encore assoiffée de dépassement de soi, désireuse d’honorer un but qui ne serve pas uniquement sa propre personne.
J’ai lu, entre les lignes, la fidélité à la tradition, l’attachement à la beauté, la grandeur d’âme de ceux qui ne sont pas encore tout à fait blasés ni désespérés.
Il est si facile, aujourd’hui, de ne voir que le noir partout.
Là, ce fut comme une éclaircie dans un ciel brumeux, une trouée de lumière dans nos obscurités.
Cette épopée a la couleur de la foi nue, l’héroïsme de l’Espérance et la majesté de l’Amour. Cet Amour qui n’est pas seulement sentiment, mais aussi volonté : cette puissance de l’âme qui devient si belle lorsqu’elle cesse d’être repliée sur elle-même.
Je veux rendre hommage, à ma manière, à cet exploit physique et spirituel qui transcende ma religion. Je salue avec émotion l’intelligence d’un cœur capable de préserver des repères et des valeurs, même lorsqu’il ne les partage pas.
Et puis, pour ma part, je rends grâce à Dieu pour Maël, pour tous ceux qui lui ressemblent, pour ces jeunes qui marchent cent kilomètres jusqu’à Chartres, pour ceux qui donnent leur vie au service des plus pauvres.
Oui, tout n’est pas foutu mes amis. La beauté de l’âme humaine n’a pas encore complètement déserté notre monde.
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