La Rondeur de l'Infini

La Rondeur de l’Infini

 

Assise sur le balcon, la montagne face à moi, les arbres semblent ravis de me revoir. Comme s’ils m’attendaient, pourtant, qu’ai-je à voir avec eux ? Rien d’autre au final que la vie qui nous parcourt, elle qui nous a été donnée sans notre accord. Voilà un point commun qui nous unit, les arbres et mon cœur, leur sève et mes palpitations, leurs feuillages et ma respiration. Nous sommes en vie, on n’a rien demandé, pourtant, nous sommes là.

Tout vit, se meut, chante et virevolte. Des esprits taciturnes diront que, sous ma plume, je parle toujours des petits oiseaux, du ciel, des fleurs et de la nature. Ils sont tellement au-dessus de tout qu’ils se croient autorisés à me donner un avis sur ma prose qu’ils trouvent naïve et dépassée, trop lente et onirique. Qu’importe.

Je disais donc, nous sommes en vie par un ordre venu d’en haut, ou d’en bas, ou bien des deux, en tout cas, par un choix qui nous dépasse. La mésange vole près de moi, elle ne cherche pas à comprendre les pourquoi du comment de notre existence. Elle préfère, je le devine, s’occuper de son nid, nous sommes déjà en juin, il est bien temps de s’y mettre. J’ose l’interroger : « Pourquoi ? ». Elle hausse ses plumes jaunes puis me regarde un peu surprise. Ses allers-retours entre la rambarde et ma fenêtre ne s’occupent pas de mes questions existentielles. Je crois qu’elle a raison.

Elle côtoie la candeur des petits qui vivent et voilà tout. Le temps s’écoule entre les rives et les cailloux, les saisons et les bourrasques fougueuses. Tout respire, s’accorde et poursuit sa course invisible. Je ne décortique plus les épluchures du passé ni les reliefs du présent. Tout s’offre, généreux, par une loi que j’ignore, venue d’un ailleurs, d’un imprévu, d’un infini sans doute.

Les cycles vont, viennent et recommencent, qui les commande ? Un grand Horloger. C’est Lui qui dirige. D’une main de Maître. Oui, voilà de quoi nourrir mon esprit inquisiteur. Que me faut-il de plus ? Les arbres obéissent au vent, le vent dirige les feuillages, les oiseaux surfent sur ses vagues, la mer joue avec les marées, tout est comme synchronisé par un au-delà qui nous échappe. Puisqu’il nous échappe, laissons cela.

Le parasol tremble sous les rires de ce dimanche, les fenêtres des immeubles sont grandes ouvertes, au loin les sommets des monts se hissent d’orgueil sous le ciel ardent, je crois même apercevoir sur l’un d’eux quelques éoliennes, elles semblent perdues dans ce décor. Ce soir, quand la nuit tombera, car elle tombe toujours, les fenêtres se fermeront, les mésanges se cacheront, les roses dormiront. Oui, tout obéit aux ordres d’une sagesse infinie. D’où vient-elle ?

Nous n’avons plus qu’à suivre ce mouvement, comme une boucle de l’infini qui jamais ne s’arrête. Comme un cercle d’amour dont on ne peut sortir. Comme une ronde de tendresse où se blottir. Comme les ailes du moulin et les nids des merles, les pupilles amoureuses, les pommes, les cerises et la Lune. La rondeur de l’infini dans la Vie qui se donne, si magnanime.

Peut-être, une pensée m’effleure à l’instant, peut-être que seuls les hommes ne tournent pas bien rond.

Enfin, nous suivons quand même la course des aiguilles, celles des montres, nous tournons sans le sentir avec les astres. De forme sphérique, arrondie ou en spirale, tout nous invite à la danse de la Vie, à son tournoiement, à ses vertiges. À son exaltation, à ses volutes élégantes même dans le brouillard.

Je trinque à la vie et à son mystère. Je célèbre la nuptialité des jours… et la toupie d’un cœur en quête d’un Amour.

 

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