Les frissons de l'Aube

Les frissons de l’Aube

 

Les violettes frémissaient dans la légère brise de l’été, on aurait dit la vibration d’une joie méconnue. Les pétales tremblaient comme les yeux d’un enfant qui s’émerveille, pour un rien, pour presque tout.

Les pâquerettes tressaillaient dans la clarté du jour, entourées de l’herbe à la psalmodie régulière, comme un chant sans début ni fin. Quelquefois je vois ce vert courir en vagues, chahuté par le vent estival, cet invisible si présent.

La nature oscille sans cesse entre le rire et les larmes fécondes. Pourtant, ce matin, lorsque j’ai levé la tête, les nuages ne sanglotaient pas, bien au contraire, je percevais presque leurs cris de victoire dans leur épopée céleste, ils mettaient tant de cœur à traverser sans dommage toute cette étendue de bleu.  Elle est leur océan, leur immensité inviolée, leur continent solitaire.

J’ai cueilli dès l’Aube les frissons d’un cœur sans hiver. Dans les gouttes de la rosée, il sursautait, malade, étourdi par les pièges de l’inconstance humaine. Que valent nos amours ? Un jour on vous aime, le lendemain, on vous déteste. Un jour on vous admire, le suivant, on vous abaisse. Un jour on vous promet, puis on oublie. On vous utilise puis on vous abandonne.

J’ai remarqué les fables des humeurs versatiles, elles se cachaient sous des dehors vaniteux, derrière les buissons des méchants. Je passe désormais mon chemin, à l’école de la vie dont l’écho résonne dans les soubresauts minuscules des roses., dans mes cheveux défaits aux feuillages impatients.

Je savais qu’on peut haïr jusqu’à souhaiter la mort mais je n’imaginais pas qu’un tel désir pourrait se cogner à mon existence. Les feuilles des fougères, si longues, se balançaient sous mes yeux, dans un désordre cohérent. Je les observais dans leur danse maladroite, j’aurais souhaité que nos amours, comme elles, restent grâcieux sans tomber dans le chaos.

J’entendais tressauter les petits oiseaux sur les branches, juste avant leur envol. Je me mêlais à leur joyeuse insouciance. Pour un instant. La blessure était si vive. L’aiguillon de la détestation gratuite n’a rien de poétique. Les merles, quant à eux, m’apprivoisaient sans difficulté. Quelle générosité !

Leurs ailes tremblaient elles aussi, comme les fleurs. Les tendresses éphémères ne pourront plus jamais me contenter, je préfère désormais partir sans regret vers Demain, dans les bruissements du vivant. Dans le tintement des boutons d’or et les palpitations d’un Amour qui ne change pas.

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