Je suis une mère sans enfant

Je suis une mère sans enfant

 

Je suis une mère sans enfant. L’amour d’un homme ne m’a pas rencontré, alors, je n’ai pas enfanté.

Pourtant, même si mon ventre n’a pas été fécondé, je porte en moi beaucoup d’âmes qui un jour ont croisé mon chemin.

Le liquide amniotique ce sont mes larmes. Je les verse parfois quand l’autre me touche le cœur, que dis-je, quand son récit me traverse tout entière. Comme une flèche, mais pas celle de Cupidon.

Le cordon ombilical est mon aorte ; pulsé à toute vitesse, le sang part et revient à chacun des soucis pour mes amis, mes autres, mes inconnus de l’oraison, mes petits à l’abri des offices psalmodiés.

Mon ventre, c’est mon cœur. Sans avoir jamais donné la vie, je sais d’expérience ce que c’est que de porter ceux que j’aime, ceux que j’ai rencontrés, même qu’un instant. J’ai au-dedans de moi une fête des mères continuelle bien qu’invisible.

Les rêves pour mes enfants anonymes circulent dans mes veines, ils s’envolent parfois par voix basse, dans les murmures de mes cierges ou dans le feu pascal.

Je suis mère d’une autre manière. L’élan de mon cœur les emporte jusqu’aux palpitations, au rythme de ma vie.

Sans nausée, ni grossesse, j’ai les essoufflements de la fatigue, les déchirures de ma tendresse et les battements discrets d’un tambour intérieur.

Je suis une mère célibataire sans descendance véritable. Je n’ai pas d’héritage à offrir si ce n’est les vibrations maternelles d’une âme qui apprend à aimer. Dans la pesanteur des regrets, je dois moi aussi pardonner puis tout recommencer.

Les noms de ceux que j’aime vivent dans mes artères. Les ventricules ouverts aux quatre coins de mes affections, j’avance sans tétine, ni biberons, sans doudous, ni souvenir corporel. La cadence douloureuse de la fidélité m’oblige, je ne saurai les délaisser.

Je suis une maman sans enfant.

Comme beaucoup de femmes.

Une maman quand même.

 

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