Lumière liquide

 

Les rivières courent dans les prairies de Juin, bien qu’essoufflées par les fragrances et les rires du vent, elles ne s’arrêtent jamais. Audacieuses, elles glissent sur les cailloux, elles se prennent pour une patineuse, en chorégraphie liquide sur la terre étonnée. J’écoute leurs murmures, que dis-je, leurs psalmodies ferventes, elles chantent mieux que les oiseaux, bien plus discrètes.

Les fleuves impétueux s’en vont je ne sais où, quelque part, là où je ne peux les suivre. De leurs cascades expertes, de leurs circonvolutions habiles, de leurs joies explosives, je les vois parcourir tant de distance. Autant peut-être que celle des grands oiseaux migrateurs, les beaux voyageurs en mal de liberté ou de soleil.  Surprise, je regarde le point de côté fluvial, harassé par sa cavale, il rit de son impétuosité. Comme s’il cherchait l’amour. L’amour à tout prix. Celui que porte son courant, le fougueux insatiable. L’amour à toute vitesse, l’amour qui n’attend pas les jours, ni le temps. Peut-être même l’amour impossible.

Les fontaines du centre-ville ruissellent de candeur au milieu du bitume. Elles dressent sur les places leurs oripeaux de gaité, même si les gens courent et s’affairent sans un regard. Ils sont si occupés. Elles pleurent d’allégresse, à l’unisson des feuillages alentour ; ils entonnent si souvent leurs refrains entre deux bourrasques ingénues. Pourquoi donc s’attrister des cœurs indifférents ? Puisque même le béton célèbre à sa façon chaque nouveau jour. Un autre puis le suivant. Comme l’amour se répète. Inlassablement.

Les étangs facétieux, blottis à l’ombre des grands chênes aimeraient suivre la trace des grandes eaux au destin fabuleux. Sur leurs rives, les crapauds, de leurs râles malhabiles, espèrent quelques conquêtes. Mon Dieu qu’ils sont maladroits, leurs chansons grincent comme l’archet d’un violon débutant.  Ils font mal aux oreilles les gratounieux, les opérettes sans grand talent.  Ils s’égosillent en vain comme si l’Amour ne pouvait pas mourir.

Et puis, et puis…

Les océans aux vagues irrésolues, dont l’écume monte haut. La mer indomptée qui garde en elle tant de souvenirs et de trésors, tant de passé et d’avenir. L’avaleuse de poissons, l’ensauvagée des eaux, complice de l'Amour, en bateau libre, sans permission. Avide de tendresse, entourée des goélands affamés et de plages alanguies, elle voyage à sa manière, prise au piège par la véhémence qui l’habite. Surabondante, amie des naufragés, je la contemple émerveillée. L’inapprivoisée, comme l’Amour que je t’ai tellement cherché.

Tant de larmes, tant de flaques, tant de lumière liquide un peu partout. Dis-moi mon Amour jamais venu, donne-moi de ton eau que je puisse bientôt mourir, noyée dans ta pureté, loin des juges et des sentences. Juste perdue dans tes caresses humides, moi, l’inassouvie des amours océaniques.

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