LE PASSE NE S'EFFACE PAS
Revenir dans nos vies après 25 ans d’absence, poser questions sur questions, rire, raconter ta vie, tes soucis, tes joies. Et puis c’est tout.
Comme si le passé se gommait de lui-même. Comme si le passé n’avait même jamais existé.
C’est pas comme ça qu’ça marche mon gars. C’est pas comme ça du tout.
Les années sans voir les enfants, sans nouvelles, sans sourires ni photos. Je ne t’ai même pas reconnu sur celles que tu m’as données. Je ne sais plus qui tu es. Je n’ai plus envie de le savoir non plus.
Comme si le passé s’effaçait d’un coup de fil, une envie soudaine, un pari avec soi-même. Sans tenir compte de l’autre. Jamais.
C’est pas comme ça qu’ça marche mon grand. C’est pas comme ça du tout.
D’accord, on a tous des torts et des travers. On a tous des bonnes raisons, tous des imparfaits. Oui, on est tous blessés et blessants. N’empêche.
Comme si le passé n’était qu’une rayure sur un papier, une trace sur le sable, un machin sans importance. Comme si je n’avais jamais eu mon mot à dire. Comme si ….Comme si….
C’est pas comme ça qu’ça marche. C’est pas comme ça du tout.
Ce n’est pas une griffure mais un grand trou dans ma vie. Pas qu’une simple écorchure mais bien des larmes. Pas une simple pause mais un rejet.
Ne viens pas arguer de ma foi et de ses commandements. Le pardon et la réconciliation ne vont pas toujours ensemble. Te pardonner. Oui, personne n’est sans faute. Mais la relation, c’est bien trop tard mon gars. Beaucoup trop tard.
Tu arrives la fleur au fusil, comme si jamais tu ne m’avais mis de côté, comme si j’avais vu grandir les petits, comme si tout était en ordre, tout à sa place.
C’est pas le cas. C’est pas le cas du tout.
Tu peux avancer les arguments du catéchisme, cela n’y changera rien. Renseigne-toi un peu mieux. Tu te trompes. Tendre la joue gauche est un acte de rébellion, pas de soumission. Informe-toi mieux. Monsieur Je-sais-tout.
J’ai toujours tout accepté, toujours tout excusé. Aujourd’hui, c’est fini. La vie s’en va, les années ne se rattrapent pas. Seule j’ai toujours été et seule je continuerai. Sans toi.
Tu peux crier, pleurer, frapper à d’autres portes pour m’atteindre. Tu peux passer à la télé, publier une annonce, faire des grimaces, ce qui est fait est fait.
Je ne changerai pas de vie pour toi. Tu m’as retirée de la tienne. Il fallait pas.
C’est simple dans le fond : fallait pas.
Être chrétien, ce n’est pas se laisser marcher dessus tout le temps. J’ai compris maintenant.
Comme si le passé n’était qu’au passé. Non.
Le passé est au présent dans l’âme de la blessure.
Elle se referme lentement. Mais la confiance s’est envolée. Pas un mot de regret. Rien.
Tu vois, de ma part, ce n’est ni vengeance, ni mépris, ni colère. C’est un choix aligné, réfléchi et je vais t’étonner : un choix catho.
Je suis différente, c’est vrai. Mais ce n’est pas une raison.
Tu ne voulais plus de moi.
Voilà.
C’est fait.
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