Une Promenade....Deux regards

Une promenade …Deux regards

 

Aujourd’hui, je suis partie pour une promenade près d’un lac de montagne que j’aime beaucoup.

Le souci ? Aucun ! Enfin, presque…

La personne qui m’a accompagnée s’en souviendra. Eh oui, je ne réagis pas comme tout le monde !

Sur l’autoroute :

— Oh regarde, toutes ces fleurs ! En file indienne sur le bord d’une route, toute la journée, elles voient les voitures défiler ! 

Mon accompagnatrice :

— Euh, tu crois qu’elles réfléchissent, les fleurs ?

— Pas grave. Je n’aimerais pas être à leur place. Quelle drôle d’idée de vivre ici !

— Est-ce que tu pourrais plutôt m’indiquer la prochaine sortie ? Il ne faut pas rater les panneaux indicateurs ! Merci.

 

Quelques minutes plus tard :

— Tu te rends compte, tous ces sapins ! Si près les uns des autres, la vie communautaire, tout le temps ! sans répit ! Quelle horreur !

— pffft…franchement Sylvie, les arbres s’en moquent ! Quelles idées te passent par la tête !

— Ben, oui, quelle idée !

 

Après avoir marché encore pendant quelque temps :

 

— Oh, tiens, ces marguerites, pourquoi sont-elles venues groupées jusqu’ici en plein soleil alors que près du lac, elles seraient bien mieux, elles pourraient se rafraîchir à l’ombre !

Mon interlocutrice aurait sans doute préféré parler de sa famille, de ses projets, de ses souvenirs, de ses questions, des autres aussi….

Je n’arrivais pas à parler d’autres choses devant toutes ces beautés naturelles qui m’entouraient. Toute préoccupation terre à terre, humaine, sociétale, me semblait une ineptie dans un tel décor.

—Oh ! Ecoute ! Les oiseaux ! Quels frimeurs ceux-là ? Tu entends ?

— Oui, oui, j’entends, je ne suis pas sourde !

Quand le silence se fit plus dense malgré les petits volatiles. Je m’exclamais :

— Oh, ce serait l’endroit idéal pour vivre dans un monastère ! Faudrait en construire un ici même !

— Y’avait longtemps ! ça te reprend !

Je ris.

— Franchement Sylvie !

Je haussais les épaules.

 

Un kilomètre plus loin, je voyais des poissons sous la surface de l’eau :

— Oh que c’est drôle ! Ils sont habiles ! Tu vois, quelques-uns sautent hors du lac ! Je me demande bien qui de la troupe décide à qui c’est le tour !

Là, mon interlocutrice en resta bouche bée. Elle me regardait incrédule.

— Non mais honnêtement, mais où vas-tu chercher tout ça ? T’as déjà vu des poissons qui parlent toi peut-être ?

Je lui souris. Elle devait être un peu déçue, pourquoi diable est-ce que je ne pouvais pas parler de son dernier achat ? Manifestement, nous n’avions pas la même manière de vivre une promenade en pleine nature.

 

Je regardais de temps en temps des nageurs aguerris, vêtus de combinaison de plongée, qui traversaient le lac. Un exploit sportif évident vu la température de l’eau à cette altitude même en été. J’observais leur crawl, j’écoutais leur souffle, je suivais le mouvement du corps.

— Imagine, tout d’un coup, c’est le monstre du Loch Ness qui surgit ! là ! En plein milieu !

 

Mon amie ne disait plus rien. Je pense qu’elle avait fini par comprendre qu’il était inutile de mener une conversation sérieuse. Oui, vous savez, ces grandes questions des grandes personnes qui, parfois, parlent petit, minuscule, riquiqui alors que tout autour d’eux la Création manifeste sa majesté, sa pureté, sa beauté.

Au bout d’un moment, mon amie me déclara :

— Quel âge as-tu Sylvie ?

— La voilà la question qu’elle est bonne !

Je soupirais.

— Depuis qu’on est parties, tu parles fleurs, arbres, poissons, monstres qui causent ! T’es spéciale quand même !

Aie aie aie.

— J’ai quatre ans à peine. J’ai l’âge que je choisis d’avoir lorsque je me promène. L’âge qui me plait.

Je sentais dans le regard de ma copine de l’incompréhension et une certaine perplexité. Elle semblait hésiter entre sourire ou se moquer. J’anticipais :

— Qu’importe. Nous sommes si sérieux. Si bavards. Si vieux. Profitons de la Vie, bien plus haute que nos petits soubresauts d’humains ! Et là, tu vois, je ne parle pas comme une petite en maternelle !

Elle finit par rire.

— Je suis spéciale c’est vrai. Mais ni débile, ni infantile. Poète à mes heures. Rêveuse souvent. Emerveillée. Et pourquoi pas ?

Nous avons alors continué de marcher. Pas très longtemps cependant. Mon âme d’enfant ressentait tout le poids de son corps d’adulte fatigué. Il nous fallait rentrer.

Merci la Vie. Pour le lac, les poissons sauteurs, les fleurs maladroites, les arbres rieurs et les monstres invisibles.

 

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