Les coquilles

 

Je fais des fautes d’orthographe et des fautes d’accord. C’est vrai. Pourtant, lorsque j’étais plus jeune, le phénomène était bien moindre. L’âge venant, avec une mémoire un peu moins performante, il m’arrive, prise par l’émotion ou par mon récit, de commettre quelques erreurs de français. D’accord, c’est désagréable pour le lecteur. Je l’entends bien.

Moi-même, je déteste lire un document « bourré de fautes ». Cela gâche un peu la lecture. Je comprends donc aisément la gêne occasionnée.

Oui, mais. Il existe une nouvelle race d’experts en grammaire sans défaut ni tache.  Ceux-là sont terribles.

Quand il m’arrive de voir une erreur dans l’écriture d’un auteur, je lui dis : « Il reste quelques coquilles mais rien de bien grave. Sur le fond, votre histoire est charmante ».

D’autres, vous écrivent : « J’ai préféré ne pas vous laisser un commentaire, votre livre est bourré de fautes, ce serait trop négatif ». Sur ce même ouvrage, une autre personne avait pourtant rédigé la note suivante : « Votre livre est magnifique de pureté, de beauté et de sincérité ».

Que penser ? Sans doute, il serait bon de joindre au fond une forme correcte. Cependant, tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir les services d’un correcteur professionnel. Je rédige donc avec l’aide d’un logiciel d’orthographe et par la relecture d’un ami.  Cet ami  avait lui-même corrigé quelques erreurs.

Alors je me demande comment agir. Cet avis, laissé sans autre commentaire, me laisse perplexe. D’autant plus que, certes, je fais des fautes, c’est certain, mais, en ce qui me concerne, je trouve bien pire sous la plume de jeunes auteurs actuels. Est-ce que, pour autant, je vais lui signifier : « Vous écrivez une belle histoire mais votre grammaire est tellement médiocre, votre orthographe si mauvaise, que je préfère arrêter là ». Franchement ! Jamais je n’oserai ! Jamais ! Ce serait si méchant ! Au lieu d’encourager et de souligner le positif de l’histoire, certains préfèrent dénigrer en se concentrant sur les défauts. Le tout, avec un ton si péremptoire ! Si imbus d’eux-mêmes !

Je connais deux personnes de mon entourage qui écrivent des lignes entières avec une faute à chaque mot. Ce qui n’est pas mon cas. Jamais je ne les ai critiqués par un : « C’est fou ce que tu écris mal même si l’histoire est intéressante ». Je déclare plus volontiers : « Ton intrigue est vraiment passionnante, il te faut juste corriger un peu la forme et tu verras, après, ce sera formidable ». Ou bien, à une nièce particulièrement « fauteuse », je dis : « Oh ! Tu fais preuve d’une grande créativité orthographique ! je t’invite à revoir un peu tout ça, doucement. Puis, tu demanderas une relecture, ensuite, ce sera parfait ».

Vous sentez la différence ? J’ai trouvé dans le milieu de l’écriture de véritables dictateurs de l’orthographe ! Intransigeants au possible ! Des ayatollahs de la perfection scripturaire ! vi vi ! Rien que ça !

Vous voulez que je vous dise ?

J’ai envie de leur offrir un dico avec toutes mes anciennes fautes pleines d’ingéniosité !

Tenez, un exemple :

Avant j’écrivais : « Envelloppe ». Pas moyen de me souvenir de ce mot-là. On avait beau me le répéter encore et encore, toujours j’écrivais ce mot avec deux ailes…Puis un jour, à force, j’ai compris : Je lui voulais deux ailes comme les hirondelles, comme le mot « tilleul », parce que ça chante, parce que la liberté vogue dans l’espace, parce que j’aurais aimé être un oiseau, parce que les anges, parce que l’amour donne des ailes, parce qu’elles battent et s’ébrouent comme les cœurs amoureux, parce qu’elles vont dans le ciel, tout en hauteur…

Voilà, c’était pour ça.

« Je t’en foutrais moi des ailes aux enveloppes ! » m’avait crié le censeur qui jouait au professeur… Je n’avais rien répondu. J’aurais aimé avoir eu l’audace suivante : « Et moi avec les plumes, je ne te préciserai pas où je te la mettrais pour que tu la fermes ! ».

Rooooo ! Sylvie, voilà qui ne te ressemble pas !!!

C’est vrai,  mais ça fait du bien !

« S’il vous plaît, m’sieurs, dames, je vous en pri, laissé moa par fois faire des fotes d’ortografes, c’est pas si dramatic et pour me corijer dites le avec le sourir. Si vous voulez que je m’améliorasse, faites- moi vos remarques avec délicataisse ».

Les coquilles relevées sans douceur, c’est comme une gifle.

Merci d’avance.

 

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