Sauvons les hirondelles !
La canicule tue les hirondelles et les martinets. Ces oiseaux tombent comme des mouches. Blottis sous les toits où la chaleur est encore plus torride, les oisillons précipitent leur premier vol et se retrouvent à terre. Blessés ou morts.
Des associations de protection des animaux font un appel aux dons et à des bénévoles : « Un martinet se nourrit en vol, il nous faut donc les alimenter à la pipette. Cinq repas par jour sont nécessaires, nous avons besoin de petites mains pour nous venir en aide. On les logera sous tente et ils pourront participer au lâcher des oiseaux, pour ceux qui pourront être sauvés ».
J’aimerais voir les humains qui vont guérir nos petits volatiles. J’aimerais les connaître, leur parler. Qui sont-ils ? J’ai le cœur en forme d’ailes, en quête d’humains. J’ai écrit sur une feuille : je suis « hirondelle » comme d’autres écrivaient « Je suis Charlie ». Voilà ma cause et mon projet.
Des personnes vont s’occuper de créatures ailées que le soleil accable. Qui sont-ils ? A quoi ressemblent-ils ? Comment parlent-ils ? Voilà qui me surprend, j’en vois tant qui considèrent la nature comme un acquis : Des étoiles aux fleurs, de la faune ou de la flore, ils se croient supérieurs. Ils trouvent tout normal, tout leur est dû.
Qui sont ces belles âmes soucieuses de la survie des oiseaux, des plus petits aux plus grands ? Je suis très étonnée. On s’empresse de voter des lois pour aider à mourir, on voit partout des guerres et des horreurs, des massacres et des paroles acerbes. Et puis, là, tout d’un coup, j’apprends l’incroyable : « Nous recherchons des bénévoles pour sauver nos hirondelles ».
Une âme qui prend soin de la vie, de toute vie, du début jusqu’à la fin, mon Dieu, quelle nouvelle ! Cela existe encore ? Je n’en revenais pas.
Je m’interrogeais : « Alors, c’est donc vrai ? Dites-moi, au milieu de tant de violences, il existe encore des êtres humains qui s’occupent d’autre chose que d’eux-mêmes ? ». Ces questions me bouleversent, je les entends comme des bourrasques, des harceleuses, si proches des sans-réponses.
J’ai interrogé autour de moi : « Non, malheureusement, certains donnent la mort et d’autres donnent la vie, c’est ainsi. C’est la nature humaine ».
« La nature humaine », ces mots-là résonnent en moi comme un tourbillon tapageur à me donner le vertige. Oh, je ne suis pas meilleure que tous les autres, comme tous et chacun, j’ai mes défauts, j’ai commis bien des erreurs.
Pourtant, plus je vais, moins je comprends les hommes. Entre eux et moi, un mur se dresse : leur sous-entendus, leur vocabulaire, leur mode, leur censure, leurs civilités, leur goût, leur choix. Je me sens perdue. Suis-je vraiment des leurs ? Oui, bien sûr. « Ni pire, ni meilleur », telle est la réponse qu’on me donne.
Pourquoi ce mur alors ? Pourquoi ce décalage ?
Je ne sais pas. Ce soir, mon cœur est brisé, encore plus seul, toujours plus seul. Aux bavardages de mes semblables, je préfère de plus en plus la compagnie des oiseaux, la lumière du ciel, la beauté des roses, la force des coquelicots.
Projetée dans ce monde où rien ne va de soi, je m’émerveille des petits oiseaux candides. Ils m’enchantent sans rien me demander de plus. Ils n’exigent rien, ne jugent pas, ne me rejettent pas. Oui, voilà ma consolation : je n’ai jamais vu un animal me rejeter. Jamais. Quel beau cadeau quand tant d’autres le font, le répètent et s’en amusent presque.
« Je suis hirondelle », objet d’une mission salvatrice. Désormais, avec mes ailes, je me cache dans les hauteurs, à l’abri des vents trop chauds.
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