Texte de moi - Image générrée par l'IA
Assise sur le rebord du monde
Après des épreuves, je désire parfois m’enfermer dans une solitude absolue. Comme je suis croyante, je m’isole dans la prière et le silence. Je coupe le téléphone et ne tolère plus aucune visite, plus rien.
Pendant ce moment unique, assise sur le rebord du monde, entre terre et ciel, je prends souvent mon casque pour écouter de la musique. Le « Miserere Mei, Deus » (*) de Gregorio Allegri me connecte à la transcendance et à un « Je ne sais quoi qu’on ne rencontre que d’aventure » (*). Je me tais. Je ne dis plus rien. Le tourbillon des pensées s’estompe peu à peu pour laisser la place au silence intérieur.
Je ne suis plus qu’un regard.
La psalmodie grégorienne m’emporte sur les ailes de l’Aigle Royal. Emportée dans son voyage, je prends mon clavier, j’invoque l’Esprit et j’écris. Mon texte ne reste pas au niveau des mots mais se change en oraison.
Me voilà propulsée dans le lieu de la rencontre entre l’âme et Dieu. Peut-être…
Les misères de notre pauvre monde m’apparaissent non plus comme des éléments incohérents. Bien au contraire, le tourment invisible d’un Cœur Divin qui voit toutes nos vies depuis sa hauteur m’apparait comme une évidence. Nous ne sommes pas seuls. Vus d’en haut, les orphelins n’existent pas.
L’harmonie musicale ne cesse de revenir à mes oreilles, puis de mon ouïe à mon cœur, de mon cœur à mon âme, de mon âme jusqu’à Dieu. Le retour ne tarde pas en sens inverse : de Dieu jusqu’à mon âme, puis à mon cœur, puis à mon corps. Une ronde infinie circule entre le Très haut et le Très bas, je suis entrainée dans une danse incomparable.
Le Divin s’incarne dans les fibres de mon être tout entier, j’y croise sans le savoir, sans le sentir, sans même le comprendre, le chant des anges anonymes. Leur humilité transparait dans les voix basses tandis que leur joie s’élève dans les vocalises plus aigües. Leurs deux ailes dessinent devant mes yeux intérieurs, des arabesques et des génuflexions sans fin, un éternel recommencement sans repos ni fatigue.
Le Miserere implore le pardon. Un chemin de mansuétude se dessine sous mes pas immobiles, j’avance dans un paysage inconnu. Le monde court à sa perte alors que le bonheur nous supplie. Nous étions faits pour la joie qui ne se tarit pas, comment a-t-on pu descendre si bas ?
Transportée par les vagues sacrées d’un chant venu d’ailleurs, je vogue entre prière et larmes, entre tristesse et repentir. Qui sommes- nous ? « Un peu moindre qu’un Dieu » répond le psaume. (*) J’entrevois la lumière orangée d’une Aurore en plein midi, sans nuages et parsemée d’étoiles. A l’ombre d’un souffle qui balaie toutes nos opacités, Dieu nous respire un peu mieux.
L’innocence d’une Mère sans tache, la compassion d’un Dieu douloureux et la présence des messagers joyeux, tout nous appelle à la Confiance. Nous ne sommes pas seuls. Vue d’en haut, la mort n’existe pas.
Ne perdons plus cœur.
Demain reviendra.
Vu d’en haut, L’Espérance nous tend les bras.
- Psaume 51
- St Jean de la Croix
- Psaume 8
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