La forêt brûle avec Sylvie

La forêt brûle avec Sylvie

 

 

Les branches pleurent en sève le long de leurs écorces, les fougères s’essoufflent avant même que l’ivresse des flammes ne vienne à les toucher, les feuilles se courbent dans le brouillard noir de la fumée, la chevelure désordonnée des grands pins d’Alep tombe à terre par le rasoir d’un grand coiffeur invisible.

La forêt dans le tumulte d’une apocalypse incendiaire gémit sous les étincelles éclaboussées par le vent tapageur, les oiseaux oublient de chanter, les écureuils se meurent dans les fentes des troncs carbonisés, j’entends le râle de l’agonie qui crépite dans les broussailles, les genêts, dans les herbes hautes et les ronces. Tout se plie de douleur.

Ô ma forêt, dans le cœur de Sylvie, tout brûle mais cette fois non par amour mais par trop de chagrin.

Les sentiers cheminent égarés entre les lueurs rougeoyantes, colonnes immenses de l’orgueil humain, les humbles fleurs écrasées de chaleur halètent sans personne pour les consoler, les biches et les faons sautent en tous sens, leurs sabots léchés par les langues de feu. Le souffle venu de l’enfer avale toute la nature, toute la beauté, toute l’humble grandeur des géants de feuilles, poumons de la terre.

Ô ma forêt, le cœur de Sylvie suffoque, elle n’est plus que brûlure, non par amour mais par blessure.

L’odeur âcre empêche de respirer, l’incendie comme une gueule ardente dévore tout sur son passage, j’entends le craquement des bois, des pommes de pins et des brindilles ; leurs murmures montent jusqu’à moi tandis que les bourrasques du vent projettent les braises incandescentes loin devant. La lumière cuivrée inonde de son voile tout alentour. J’assiste impuissante au dernier soupir d’un paysage naturel.

Ô ma forêt, le cœur de Sylvie est une fournaise, non par amour mais par le feu.

Le désert de cendres au silence lourd de peine révèle ses squelettes noircis, les merles sont morts, les veines rouges de l’incendie circulent encore dans les hauteurs alors que la nuit tombe ; j’écoute le cri muet des prières affolées et la psalmodie d’un Kyrie Eleison exténué. Même dans l’obscurité, je distingue encore l’ogre écarlate aux doigts fumants qui serpente et danse entre les piliers noircis.

Ô ma forêt, Sylvie brûle avec toi, avec tes vitraux cachés qui filtrent la lumière, tes colonnes végétales en transept, ta nef de cathédrale sylvestre, Oh non, tu es bien trop grande, tu ne peux pas mourir !

Le cœur de Sylvie sanglote alors que s’embrase la forêt de qui vient son prénom.

 

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