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La flûte de Pan
La mélodie d'une flûte de pan emplit mon appartement. Quelque part au Pérou, un musicien en costume traditionnel fait naître ce chant venu des montagnes.
Le soleil brille tant sur ma façade, volets fermés ; mais j’ai pour horizon mes plantes vertes qui font la révérence avec leurs feuilles un peu timides et leur ascension sans fatigue.
Un livre ouvert sur mon bureau, les lignes relues au hasard sont d’une telle intensité, le bonheur de feuilleter des pages d’une telle profondeur remplit l’âme d’un nouvel espoir.
La nappe que j’avais cousue par le passé s’étale, paresseuse, sur la table du salon, entre les dessins de ses roses toujours ouvertes et l’esquisse de quelques autres fleurs dont j’ignore les noms.
Le canapé se vante avec ses coussins de couleurs qui ne servent plus tellement depuis que je n’ai plus de chien pour les faire tomber, tant pis, il poursuit sa sieste sans l’ombre d’un remords.
Mon réfrigérateur ronronne entre le mur et le fauteuil, il s’agace un peu de mes obsessions d’écriture tandis que je m’étonne de sa fraîcheur dans mon appartement caniculaire.
Le ventilateur se tait enfin, je dois avouer que ses rondes incessantes me donnaient un peu le vertige, j’ai dû l’implorer qu’il cesse sa danse continuelle ; pas rancunier du tout, le voilà qui ferme ses pâles en sommeil comme un enfant s’endort.
Le cœur solitaire, baigné dans cette humble banalité, s’étourdit lui aussi dans le tournoiement de ses amours perdus ; j’aurais tant désiré aimer ceux que j’ai aimés sans retour ; qu’importe après tout, les oiseaux dehors continuent de voler.
À présent, la flûte de pan s’élève vers le ciel de mon plafond dont la lampe éclaire autant les murs que les parois d’une âme seule à seule avec le silence ; les jours sans éclat ni passion creusent la soif d’un ailleurs divin.
Les livres si bien rangés ne savent plus parler ni à mes yeux ni à mes souvenirs, je ne lis plus beaucoup en ce moment ; alors les pages un peu figées se prélassent sous les rayons du soleil qui passent incognito entre les interstices de mes rideaux.
Les anges en résine que je ne collectionne plus chantent et jouent de leur instrument de musique sans fausses notes ; ils ont l’humeur facétieuse devant mon regard un peu perdu.
Je vis seule, avec mes amours ailés aux cœurs de feu, entre les couloirs du temps qui, décidément, refusent les demi-tours et les hésitations ; vaille que vaille, mes affections entre les mailles du grand filet de l’éphémère.
Voilà, vous avez visité la vie de l’âme qui prie au cœur du vivant inerte ou végétal, en solitude, bercée par les heures ; une joie infondée qui s’exerce à l’Action de grâce.
Ainsi soit-il, dans le vent qui traverse la flûte de pan, jusqu’au firmament de la quiétude imméritée ; gratuitement, je cueille toutes les bénédictions possibles, en petit comme en grand.
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