Qui Cantat, bis Orat

« Chanter c’est prier deux fois » (St Augustin).

Puisqu’il en est ainsi, élevons nos voix au-dessus du monde au bord duquel on peut s’asseoir, entre le ciel et la terre, entre les étoiles et la lune.

Puisqu’il en est ainsi, psalmodions avec nos voix de soprano, d’alto, de ténor et de basse, au-dessus des forêts qui brûlent et des mendiants sur les trottoirs des villes.

Écoutons revenir en écho le chant du Divin qui répète notre office repris par les anges du firmament. Les vibrations de cette céleste chorale se répercuteront partout, des quatre points cardinaux jusqu’aux confins de la terre.

S’il en est ainsi, comme les vagues océanes, avec elles, portons les cris retenus des désespoirs cachés. Rien n’empêchera l’avancée de cette symphonie invisible, mais réelle. Si le chant est une oraison, allons la semer comme graines de lumière sur l’humus des cœurs meurtris jusqu’à la fin des larmes.

Nous n’avons le plus souvent que nos cœurs solitaires, meurtris par trop de peine et tant d’amours déçus. Mais rien n’empêche…

Venez répandre vos vocalises, mêlées aux gazouillis des hirondelles, tous ensemble, nous voyagerons dans l’espace, nous propagerons la douceur inaltérable des caresses.

Oui, nous irons par monts et par vaux, bien au-delà de nous-mêmes pour verser l’innocence des oiseaux, la plainte amoureuse des tourterelles et les piaillements des mésanges.

Ô la vérité, c'est que nous n'avons ni plumes pour voler, ni  souffle assez vaste pour porter partout les harmonies salvatrices.

Eh bien tant pis, nous irons quand même avec les ailes de nos cordes vocales, nous voltigerons avec les notes d’une partition venue du plus profond de nos âmes. Celle qui ne vient pas de nous, mais de plus haut que nous, celle qui descend nous habiter dès le premier jour de notre vie.

Je fais le vœu que nous n’ayons plus qu’à ouvrir la bouche pour que le ciel voyage sur le monde, en pluie de grâce, en rayons de lumière.

Et pourquoi pas ?

Vous les amours esseulés, les petits sans gloire, les pauvres sans malice, un jour, quoiqu’il arrive, les chants angéliques qui vibrent dans l’habitacle de votre gorge s’envoleront pour vous unir à la Béatitude.

Un jour, nos mélopées nées du manque d’amour, nos aubades, nos louanges, tout montera vers le ciel, lui, épris de notre beauté. Avant nos guerres, avant nos luttes et nos querelles.

Je veux étreindre le monde de nos prières multipliées, de nos cantiques décuplés, de nos hymnes réparateurs.

« Qui cantat, bis orat », venez chanter avec moi, avec le ciel et vos musiques, chantons, je vous en prie, sur les malheurs, sur les pleurs, les prisons et les deuils.

Notre prière deviendra le chant nuptial de notre âme unie au Créateur et le sceau de la réconciliation de l’homme avec le Ciel.

Nous  guérirons les âmes blessées.

Même avec nos voix brisées qui parfois se taisent dans la douleur, venez, chantons, prions deux fois.

Alors l’Espérance renaîtra.

 

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