On me demande : « Qu’est-ce qui t’attendrit dans la vie ? ». C’est une jolie question. Le verbe attendrir porte en lui-même toute une série d’images, de couleurs, d’odeurs, de souvenirs et de rêves.
Ce mot de notre vocabulaire porte le voile de la douceur, le manteau de la chaleur maternelle, ses bras, son sourire, son regard. Il amène avec lui les couleurs des marronniers de novembre, la pluie transparente qui rafraichit le bitume après les mois de l’été.
Rien que de le prononcer, ne sentez-vous pas s’ouvrir devant vos yeux intérieurs, la fenêtre de votre âme ? Avec moi, fermez les paupières de votre corps pour ouvrir cette fenêtre. Est-ce que vous voyez les arbres agités par le vent du matin, est-ce que vous sentez sa caresse sur vos joues tièdes ? Et le coton des nuages juste au-dessus, ne vous surprennent-ils pas par leur course, leur retour, leur départ et leurs danse incessante ?
« Attendrir » forme en moi le premier baiser de la vie, la suavité d’un printemps sans roses fanées, le regard du tout petit qui s’émerveille encore d’une mouche posée sur une pâquerette.
Je vois dans ce mot tout un château qui s’effondre, des masques rangés dans des tiroirs, l’enfance qui revient avec les cordes à sauter et le chocolat sur le bord de la bouche.
J’entends, là, tout près, l’harmonie d’un rire devant les facéties d’un petit chien, les sons d’un violon qui pleure les guerres, la venue d’un pape inquiet pour la paix du monde.
Je m’attendris devant tes espoirs inutiles, ton manque de sens et tes questions sans nombres. Et que dire des tourments de la jeunesse qui désire tant le ciel sans le savoir, leur soif ressemble tant à une biche alanguie sans eau, à une flaque qui reflète le ciel, à un écrin qui cherche son trésor.
Je m’attendris devant l’amour vivant, devant les mains de l’artiste poète ou sculpteur. La beauté m’attendrit, la tendresse est Reine au Royaume des cœurs humains.
Même s’ils l’ont oubliée, elle les couvre de son habit de lumière jusqu’à la fin des jours.
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