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L’Automne est arrivé. Mes yeux déjà se remplissent des pétales de cuivre, des boutons d’or, des feuilles ocres et des flaques argentées. On croit que tout meurt mais en vérité tout féconde et tout semence, tout s’en va pour revenir, tout tombe jusqu’au regard du peintre.

L’Automne est là qui avance déjà dans les rainures des troncs, dans l’humus à champignons, dans l’éclat crépusculaire de la lumière du midi. Il est dans les regrets nécessaires.

Demain viendra bientôt avec ses petits moineaux, avec ses retours du Soleil arrogant et la promesse de nos joies voyageuses. L’Automne est une trompette annonciatrice de ce qui renaît, de ce qui repousse, de ce qui revient, de ce qui viendra.

L’Automne a la saveur de nos premiers amours, de nos débuts maladroits, de nos valses amoureuses. De ce qui fut nous, de ce que tu n’es plus mais que tu restes encore. Surtout, de ce que nous devenons. Avec ou sans l’autre.

L’Automne est la saison des vivants, des éternelles beautés, des réveils enchanteurs et des sources qui débordent. Elle raconte les petits ricochets des galets, les cercles des gouttes à la surface des eaux, les sanglots longs des violons de Verlaine et le crépitement des feux de cheminée.

Elle est la plus jolie saison de l’Espérance, elle s’habille de tristesse pour ne pas taire la nôtre. Elle est si oblative. Définitivement. Ce qui chute est une vie traqueuse de mort, un appel vers le haut. L’Automne n’a rien d’éphémère, il est la porte vers un sentier sans fin.

Qu’elle est grande cette si jolie mélancolique ! Plus réaliste que nous, elle nous parle d’éternité. Elle affermit nos pas, elle nous console de son mouchoir géant. La douceur automnale est le reflet de nos aspirations les plus profondes. Nous aimons tant la vie, celle qui dure pour ne jamais mourir.

L’automne nous éloigne de la mort par son mystère blotti dans la rouille de ses paysages. Son beau secret c’est son élan de vie, son cri muet de victoire, ses tourbillons effeuillés vers ce qui nous habite.

Ma belle saison, ton sourire discret a tous les atours du Divin qui se cache. Amour blessé dans les sillons d’une feuille de marronnier, je t’aime bien au-delà de nos saisons.  

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