« Ce qui nous arrive de plus important nous trouve toujours sans préparation. »
Christiane Singer
Le Choc
Dans le chapitre : Surcharge émotionnelle
Un évènement majeur dans ta vie et tu te retrouves comme hors de toi-même. En état de sidération. Comme immobilisée dans un corps qui ne t’appartient plus, la tête vide, les jambes en mode pilotage automatique.
Je suis choquée. D’autres disent : « Faut assumer, laisser le temps au temps, ça passera, fais-toi du bien, pense à toi ». Ils parlent bien, mais, moi, voyez-vous, je suis tellement en état de choc que je n’arrive plus à vivre, comme ça, de suite. Je ne parviens pas à mettre de côté aussi rapidement que d’autres ce qui m’a tant cognée à l’intérieur.
Toutes ces paroles de sagesse partent d’une bonne intention. Bien sûr. De plus, elles sont souvent pertinentes. D’ailleurs, j’agirai comme on me le conseille. Comme, de surcroît, je suis intelligente, je sais que je réussirai à trouver en moi les aptitudes cognitives, affectives et spirituelles pour m’en sortir. Oui, bien sûr.
Mais pour le moment, mon véhicule du dedans ne roule plus. Comme statufiée par l’intensité de ce qui vient de m’arriver, j’ai d’abord besoin de me balancer, ou bien à rester là, plantée comme un piquet, à écouter de la musique, à scroller quelques minutes sur un écran vide.
En vérité, je ne vois rien, je n’entends rien. Hébétée par la violence qui me frappe, les heures passent, les mélodies aussi, pourtant plus rien ne bouge en moi. Je me fais l’effet d’être dans un train qui roule à toute vitesse ; les paysages défilent tandis que ma place reste la même depuis le départ du quai. Pas d’escale ni de correspondance. Blottie dans un sas, entre ciel et terre, entre moi et le monde, à coup sûr, je raterai la gare de destination.
Comme une enfant enfermée dans un souterrain, l’air manque, la faim ne vient plus, ni même la soif, ni même rien. On me croirait inerte comme les meubles du salon, comme mes plantes ou mes tableaux. Pendant de longues minutes, ou plutôt plusieurs heures, je reste figée, seule, au milieu d’un décor polaire. J’ai froid, j’ai chaud. Je n’ai plus le goût de rien.
J’ai besoin d’intégrer, de remettre les pendules à l’heure d’après. Le moment qui suivra sera résilient, fort, conquérant, vivant. Mais là, là, tout de suite, qu’on me laisse scotchée à la nouveauté qui m’a tant chahutée. Je me recoiffe à l’intérieur, je réaménage l’espace chamboulé, je me rhabille avec les vêtements de l’énergie. Les indispensables. Les basiques comme on dit.
Ensuite, on verra, oui, on verra. Mais maintenant, c’est le temps de la paralysie, du confinement même. Je reste en mode métronome sur mon fauteuil aux bras ouverts, mise à l’arrêt du monde, arrêtée dans mon élan vital.
Muette d’effroi, je demeurerai ainsi, sans force ni vigueur, tout juste bonne à stationner dans les sphères de la conscience modifiée, hors service. Certains prétendront que ce n’est pas normal, que je suis trop fragile, trop ceci, trop cela.
Désolée, je suis parfaitement saine d’esprit, tout à fait réaliste sur ce qui m’arrive. Actuellement, mon état se prolonge et c’est tant mieux ; la pause se poursuit, nécessaire. Comme on récupère après un marathon, après une traversée en mer, après le tour du monde.
Mon voyage vous semble inutile. En vérité, il a la couleur du temps suspendu, celui qui permet au chemin de reprendre sa route. Dans cet intervalle qui vous dérange, je refais mes forces, surchargée par des émotions dont vous ne pouvez soupçonner l’impact.
Alors, laissez-moi. Je reviendrai dès que possible. Promis.
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