Ce qu’on dit de moi
Dans le chapitre : La relation aux autres
Chère amie,
Je vais répondre franchement à votre interrogation : ma réputation n’est plus à faire. Telle est la vérité.
Ces derniers temps, on m’a considéré comme une adolescente maladroite, un être qui devrait disparaitre par suicide, un psychisme malade, une folle dingue, sans compter ceux qui emploient des mots psychiatriques. On ne sait jamais. Cela les met en valeur, la technique d’ailleurs fonctionne très bien, elle les rend crédibles. Pourtant, il m’est arrivé d’en connaitre plus sur la psychologie qu’eux-mêmes mais, ça, ils ne le croient pas.
Donc, voilà en gros ce qu’on dit de moi. Maintenant.
Vous allez me demander : Et par le passé ?
Eh bien, on m’appelait : la psychopathe, la tarée de service, la bonne sœur, la mal baisée, la fille « space », l’anormale », la vierge effarouchée, l’imbécile.
Voilà en gros ce qu’on racontait sur moi. Mais cela, c’était avant.
Et si je remonte à encore plus loin dans le passé ?
Oh, les mots diffèrent mais j’avais droit aussi à : La simplette, la rêveuse, la feignasse, l’imbécile, l’attardée, la « spéciale ».
Et du positif ? y avait-il du positif ?
Rarement. J’ai découvert à 34 ans seulement que loin d’être une imbécile, j’étais plutôt plus intelligente que la moyenne. Quand enfin, on me trouvait quelques qualités, elles se transformaient tout aussitôt en défauts : trop gentille, trop compatissante, pas assez forte, trop dans ma tête, trop pieuse, trop ceci, trop cela.
Des compliments ? Jamais des compliments ?
Pas trop non. Si peu que je les ai oubliés. Sauf peut-être le sempiternelle « Gentille ».
Remarquez bien que cette qualité est parfois très péjorative. On l’emploie juste parce qu’on ne sait pas quoi dire d’autres. Alors, on fait son petit béat : Tu es « gentille ». Ce qui, je dois l’avouer, donne la même impression que : « Elle est bien brave ».
Ma compassion, ma propension à répondre toujours présente, à écouter, à aider dans la mesure du possible, tout cela n’a jamais compté. Pourquoi ? Difficile à dire, je ne corresponds pas à l’idée qu’on se fait d’une personne dite "normale", c'est à dire : stable, bien fringuée, maquillée, avec un mec à son bras, super matérialiste, qui brille en société.
Je souris en écrivant cela ! Je suis plutôt du style à m’habiller de façon classique et à ne pas trop me préoccuper des sujets qui passionnent tant les autres. Quant à me sentir bien dans le monde : pas du tout ! Je m’y ennuie ferme.
Alors aujourd’hui, je regarde ma vie. Depuis toujours, les critères dans lesquels on cherche à me placer ne collent pas avec ma personnalité. J’échappe aux catégories mondaines et illusoires.
Dernièrement, on m’a fait savoir que n’ayant ni mari, ni enfants, ni travail, avec une allocation, sans maison, sans même un animal, toujours plus ou moins fatiguée, bref, on a déclaré que j’étais une « pauvre fille », « une ratée », « un désastre ».
Voilà. Je vous l’ai dit, ma réputation n’est plus à faire. Comment dit-on déjà ?
Les œufs sont cuits ! C’est râpé. Foutu. Définitif.
Est-ce que j’en ai souffert ?
Bien sûr que oui. Ne pas être reconnue pour sa vraie valeur reste une blessure à vie. Surtout lorsque de tels jugements se déroulent sur presque toute une vie.
On m’a rejetée, pas invitée, pas accueillie. On m’a abandonnée, pas saluée et même ignorée.
Comme beaucoup d’autres. Et aujourd’hui ?
Aujourd’hui, voyez-vous, je ne m’en fous pas, je m’en contrefous !
La seule véritable blessure dont j’ignore si un jour je pourrai la pardonner : c’est d’avoir souhaité ma mort. De l’avoir dit et écrit.
Pour le reste : que m’importe ! Dieu seul me juge. Lui seul. Et quelque chose me dit, que ce que Lui peut penser, est bien plus véritable et digne de confiance.
Tout le reste, oui, vraiment, tout le reste est littérature pour occuper les bouches malfaisantes les soirs d’hiver.
Ainsi, mon amie, j'ai répondu à votre demande. Tel est le portrait peu glorieux que nombre de personnes ont dressé de moi. Alors, ne vous inquiétez pas.
Continuons notre chemin sans trop nous arrêter en route. Continuons à aimer, y compris ceux qui nous maudissent et nous salissent dès que nous avons le dos tourné.
Qu'importe, après tout. Ils sont davantage à plaindre qu'à blâmer. Ils sont à aimer.
Et puis, ne sommes-nous pas capables, nous aussi, de semblables sottises ? Nous sommes si petits. Tellement médiocres parfois.
Tout le reste, je vous le redis, n'est que mauvaise lecture. Sylvie.
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