Ce livre paraitra en cours d'année. L'image choisie NE SERA PAS LA COUVERTURE DEFINITIVE DU LIVRE, elle n'est là que comme illustration.
Prologue
Pourquoi « Au rythme du Coeur » ?
Dans la tradition catholique, chaque mois de l’année est consacré à une dimension particulière de la foi :
Janvier : le Saint Nom de Jésus
Février : le Saint-Esprit
Mars : saint Joseph
Avril : la Miséricorde divine
Mai : le mois de Marie
Juin : le Sacré-Cœur de Jésus
Juillet : le Précieux Sang du Christ
Août : le Cœur Immaculé de Marie
Septembre : les Anges et les Archanges
Octobre : le Rosaire
Novembre : les âmes du purgatoire
Décembre : l’Avent et l’Incarnation
Longtemps, j’ai ignoré cette sagesse. De là, m’est venue une intuition : Et si ce cheminement spirituel avait un message à nous transmettre sur l’enjeu de la guérison intérieure ? J’ai pensé que cette traversée, mois après mois, pouvait devenir une richesse à partager. La plupart, en effet, ne connaissent pas ces consécrations.
Il ne s’agit pas d’un traité spirituel. Il est plutôt question de rencontres, de conversations, d’histoires parfois réelles, parfois non, mais toujours habitées. Ces récits s’inscrivent dans une écoute profonde de l’âme humaine, là où la parole et la relation sont déjà une source de guérison.
Au fil de l’année, je raconte comment un Nom, un souffle, une tendresse, un pardon peuvent devenir une œuvre de réparation. Ces dévotions ne suppriment pas la douleur, elles n’empêchent pas les épreuves ni les deuils, mais elles permettent de les traverser autrement.
Ce livre est une marche.
Une traversée intérieure.
Au rythme du cœur.
Extrait
(Du mois de Février consacré à l'Esprit Saint)
(Luc est infirmier)
Mais Luc gardait la foi chevillée au cœur :
— Si je n’avais pas cette richesse intérieure, je ne sais pas si j’aurais autant d’attrait pour ce travail exigeant. C’est tout de même très fatigant, et je vois tant de malheurs, de toutes sortes. Enfin, comme je vous l’ai déjà dit la dernière fois, je prie pas mal. C’est mon soutien. En particulier l’Esprit Saint.
Il soupira avant d’ajouter :
— C’est mon grand ami. Souvent je l’invoque ; pour moi, il est le vent, le souffle. C’est avec lui que je crée mes cerfs-volants, d’ailleurs !
— Des cerfs-volants ? lui demandai-je, les yeux grands écarquillés.
— Votre réaction ne m’étonne pas. J’aime bien surprendre avec ça.
Il se mit à rire.
— Quand je ne travaille pas, vous savez que je suis veuf, alors je vais dans mon atelier. Je me lève tôt, j’ai horreur des grasses matinées. Là, je vois les vitres embuées de rosée. Déjà, rien que cela, pour moi, c’est le signe de sa présence. Partout où il y a la création, l’Esprit repose.
À l’écoute de son discours, je n’osais plus parler. J’écoutais en silence, avide de connaître la suite.
— Dans mon atelier, je mets le chauffage au minimum. Respirer si tôt le matin, dans le froid de l’hiver, avec le givre sur les carreaux, c’est déjà merveilleux.
Je me levai pour remettre de l’eau à chauffer. Luc se leva à son tour, il regarda par la fenêtre, comme s’il manquait d’air. Je revins m’asseoir, lui aussi, puis il sourit doucement. Ce petit détour ne l’empêcha pas de continuer son récit. Il respira plus fort :
— Je prends deux baguettes que je croise, un peu de papier de soie ou un tissu très fin. Un peu de colle, de ficelle. J’attache le tout. Il faut que ça tienne sans être rigide. On laisse sécher. Quelquefois, je peins des décorations. Les mômes de la cité, à côté de chez moi, adorent ça. Déjà là, vous voyez, je trouve des similitudes avec l’Esprit : il faut que ce soit léger, équilibré, pas trop tendu.
— C’est très juste, je comprends ce que vous voulez dire. Il y a une liberté dans l’Esprit Saint.
— Exactement. Pour le faire voler, il faut du vent. Mais pas trop. Un vent régulier. En ce moment, c’est trop compliqué. J’y vais plutôt au début du printemps, dans le parc Vinay près de chez moi. Je tiens la ficelle, je recule un peu, je laisse filer doucement. Si on tire trop, il tombe. Si on lâche tout, il s’écrase. Il faut trouver la bonne distance.
— La bonne distance. Tout est là, n’est-ce pas ?
— Oui, mais pas uniquement cela…
Au moment où Luc parlait, on sonna à la porte. C’était Arnold, le petit voisin. Il entra en courant, me fit un câlin et me murmura : « Bonjour ! » Luc sourit, légèrement surpris. Je me mis à caresser les joues de l’enfant qui n’attendait que cela. Il regardait la boîte dorée posée sur mon étagère sur le côté.
Je me levais vers la boite de confiseries. Je me penchais après l’avoir ouverte pour lui en proposer puis je me rassis.
L’irruption d’Arnold apporta un souffle de vie inattendu dans la pièce, cependant, la discussion reprit, avec le même fil, comme si rien n’avait été interrompu. Luc précisa devant l’enfant qui s’était de nouveau lové contre moi :
— Pour faire voler un cerf-volant, il faut un vent ni trop fort ni trop faible. Un fil bien attaché et surtout quelqu’un qui accompagne, qui ajuste son mouvement, qui sent les choses. Le cerf-volant ne vole pas si on le retient trop. Tout le secret vient de là : il faut faire avec le vent. C’est lui qui guide.
Luc mimait, en même temps qu’il parlait, les grands gestes qu’il accomplissait quand il faisait voler son cerf-volant. C’est alors qu’Arnold demanda :
— Tu les fais voler comme les oiseaux ?
— Oui, un peu comme les oiseaux. Sauf qu’eux volent sans ficelle pour les retenir. Si tu veux, un jour, je te montrerai.
— Je veux bien. J’ai des oiseaux à la maison.
Je précisais alors à Luc que mes voisins de nationalité ivoirienne, dont le fils était Arnold, venaient d’emménager depuis peu, et, qu’en effet, ils avaient une grande volière de serins qui aimaient piailler dès le matin.
Arnold précisa :
— J’ai un oiseau à moi, je l’ai appelé « Plume ».
Luc lui répondit :
— C’est une bonne idée. Les plumes volent aussi quand elles tombent. C’est comme les cerfs-volants, le vent les accompagne un peu. Tu vois, ce que j’aime, c’est le moment où ça décolle. Quand on sent que ça tient tout seul. On n’a plus besoin de tirer. On est là, juste à tenir le fil. Le vent fait le reste. C’est ce moment-là que je préfère : quand le cerf-volant cesse d’être lourd. On sent qu’il est porté. Là, à cet instant précis, pas avant, pas après, mais à cette seconde uniquement, c’est là que je respire mieux, que tout en moi se libère.
L’enfant semblait subjugué. Il déclara :
— Mon cerf-volant je l’appellerai « Plume » aussi !
Puis, aussitôt après cette courte déclaration, l’enfant choisit de sortir, non sans m’avoir remercié juste avant. Il sauta à cloche-pied, puis, avec un naturel désarmant, avant de fermer la porte, il se tourna vers mon ami et s’exclama :
— J’suis content. J’aurai mon cerf-volant à moi !
Nous avons ri à cette déclaration. Après un court instant d’hésitation, Luc me dit :
— Il me rappelle mon fils au même âge. Il est grand maintenant. Les années passent.
Après avoir bu chacun une gorgée de notre thé, je repris :
— Nous en étions où déjà ? Tout à l’heure avant qu’Arnold nous interrompt, j’avais envie de vous réciter un passage de l’Evangile : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. »
— Oui, je pense souvent à ce passage où le Christ parle à Nicodème : « Le vent, tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. »
Luc poussa un grand soupir. Je lui demandai alors :
— Et quel est le lien que vous faites avec le Saint-Esprit, vos cerfs-volants et votre métier ?
— Bonne question ! Eh bien, dans mon travail, je contrôle un peu tout. Je dose, je donne des conseils, je dois tout maîtriser sans risque d’erreur. Là, c’est l’inverse. C’est moi qui apprends à lâcher. Et ça fait un bien fou !
Il étira ses bras, grands levés derrière sa tête.
— Vous voulez dire que vous apprenez le lâcher-prise ?
— Oui, mais c’est une expression galvaudée, trop psychologique. Je préfère parler de confiance en Dieu. Je fais confiance à plus grand que moi : le vent. Pareil avec le Bon Dieu. Je ne fais rien d’extraordinaire, en vérité, mais il y a cet espace-temps où ce n’est plus moi qui agis, ce n’est plus moi aux commandes, c’est le vent. Dans ma vie de chaque jour, j’essaie, comme je peux, de dire à Dieu, même lorsque je sais qu’un patient va mourir : « Seigneur, je te fais confiance. Cela va bien se passer. C’est toi qui décides. Pas moi. J’ai confiance en toi. » Il faut accepter que cela ne m’appartienne plus.
J’opinai de la tête. Il rajouta :
— Ce que j’aime avec l’Esprit Saint, c’est qu’il est une personne que l’on ne peut pas voir. On ne connaît pas sa forme, son visage, rien. C’est comme le vent. Comme le souffle de notre respiration. Il est là. Partout. Discret, mais présent.............
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