La Foi n'est pas une béquille

LA FOI NE SERT PAS A ALLER MIEUX,

LA FOI N'EST PAS UNE BEQUILLE

(et je marche pourtant en boitant comme tout le monde)

 

On aimerait que la foi serve à aller mieux.Qu’elle soit une pommade sur les blessures, un bouclier invisible, une assurance tous risques contre la perte, la maladie, l’abandon, le chagrin, la trahison.On aimerait qu’elle fasse de moi une femme épargnée.Mais la foi n’est pas une béquille.

 

Elle n’est ni un casque, ni un coussin d’air, ni une échappatoire.Et surtout, elle ne m’a jamais épargné quoi que ce soit.

 

J’ai connu, et je connais encore, comme toute l'humanité, les deuils, les séparations, les douleurs du corps, celles du cœur, les silences qui résonnent comme des tempêtes, les absences qui prennent toute la place, les mots qui blessent plus que les coups.J’ai pleuré. J’ai douté. J’ai eu peur.Comme tout le monde.

 

Peut-être même davantage, parfois, car à la souffrance s’ajoute un autre poids : celui du regard des autres.

« C’est une béquille. »

« Ce n’est pas la vraie vie. »

« C’est parce que tu es fragile. »

« Ma pauvre, c’est parce que tu n’as pas de mec ? »

« T'es une mal baisée, c’est tout. »

« Tu recherches une sécurité. »

 

Avant mon entrée en vie monastique, j’ai entendu :

« J’aurais préféré que tu sois lesbienne. »

« C’est sûr qu’elles couchent ensemble, tes bonnes sœurs. »

« Tu fuis la vie, Sylvie. »

« C’est un chagrin d’amour, c’est ça ? »

« Me dis pas que tu es toujours vierge… ».

 

 Il y a des phrases qui collent à la peau longtemps.

 

Des phrases lancées comme des pierres, parfois sous couvert d’humour, parfois « pour mon bien ».Des phrases qui disent, au fond : « Tu es anormale ». Et puis il y a tout le reste.Les amalgames. Les jugements. Le soupçon généralisé.

 

« On connaît les cathos. »

« Tous des obsédés, les curés. »

« Tu fréquentes des pervers, tu n’as pas honte ? »

« Ils ont tous des maîtresses. »

Et la dernière en date : « La religion catholique est la pire de toutes en France. »

 

Comme si je devais rendre des comptes pour toutes les horreurs vécues sein de cette église. Comme si ma foi faisait de moi la porte-parole de crimes que je n’ai pas commis, de fautes que je ne nie pas, mais qui ne sont pas moi. 

 

Dans un couvent, on travaille. Beaucoup. On ne flotte pas sur un nuage. On balaie, on cuisine, on prie, on doute, on rit parfois, on se tait souvent, on porte des choses lourdes.

 

Dans le monde, on continue d’affronter l’incompréhension, le mépris plus ou moins dissimulé, l’ironie, la condescendance.Et dans la vie spirituelle elle-même… il y a les mêmes amours, les mêmes deuils, les mêmes joies, les mêmes abîmes que chez tous les êtres humains.

 

La seule vraie différence, peut-être, c’est que je ne suis pas seule, il y a une joie parfois même au sein de la douleur, une paix même au cœur des bourrasques et surtout c’est un lien d’amour. Oui, c’est incompréhensible mais c’est vrai : c’est un lien d’amour avec le Christ. C’est là toute la différence.

 

Et non, la foi n’a pas de visage unique.

 

Les catholiques ne sont pas une espèce à part, échappée d’un autre siècle.

Il y a des blancs, des noirs, des grands, des petits, des timides, des exubérants, des intelligents (et quelques imbéciles aussi), des gens de gauche, de droite, du centre, des tradis, des convertis tardifs, des enfants, des mères de famille, des célibataires, des hommes, des femmes.Des gens qui doutent. Des gens qui pleurent. Des gens qui espèrent.

 

Je crois , c’est tout.

 

Et croire, ce n’est pas fuir la vie. C’est parfois même tout le contraire, il faut même un peu d’audace.

C’est parfois accepter de la traverser sans armure cette vie, avec une lumière fragile dans le coeur, que le vent tente d’éteindre mais qui, mystérieusement, reste là.

 

Alors non, ma foi n’est pas une béquille. Elle ne m’empêche pas de boiter.

Mais elle m’apprend, doucement, à marcher quand même.

Et, certains jours, à danser avec mes fêlures.

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