La croix n’entre jamais dans une vie comme un ornement ; elle arrive comme une faille, un froissement dans nos certitudes, quelque chose qui nous oblige à ralentir et regarder plus bas, plus profondément. Les humiliations, les blessures intérieures, les incompréhensions, toutes ces petites épines plantées dans la chair du quotidien, nous forcent à quitter le piédestal où notre orgueil se sentait à l’aise.
Ces moments-là nous arrachent à notre illusion de force. Ils nous ramènent à la vérité de notre cœur : un cœur fragile, qui cherche, qui doute, qui voudrait être aimé et reconnu.
La croix révèle ce que nous essayons souvent de cacher. Elle affirme que nous ne pouvons pas tout. Par exemple, aimer quelqu’un qui ne nous aime pas en retour. Cette douleur, si simple et si profonde, nous plonge dans la connaissance de notre petitesse. On voudrait convaincre, attirer, mériter… mais rien n’y fait. On comprend alors que nous ne pouvons pas forcer l’amour, ni l’amitié, ni le regard de l’autre.
La Croix nous purifie, nous prépare pour le ciel, nous embellit, nous rend semblable à Jésus, nous permet de réparer, de le soulager. Elle agrandit l’amour car elle nous oblige à un dépassement de notre sensibilité, de notre aversion première pour toute forme de souffrance.
Mais l’amour va toujours de pair avec la souffrance. Qui aime souffre. Le Christ est venu donner un sens à toutes nos souffrances. Elles deviennent Croix fécondes, lieux de l’amour par excellence.
La maladie aussi est une autre croix bien lourde. Elle nous diminue mais permet aussi de nous rendre une fois de plus à l'évidence : nous sommes petits, vulnérables. Les soucis de santé, vécus en Dieu, nous jette dans les bras de l'impuissance, de l'abandon à la Volonté Divine. Elle nous humilie. Nous cessons de nous croire les plus forts.
Sans la foi ces vérités sont incompréhensibles.
Ici, le lien entre Croix et Humilité s’avère tellement exact. La Croix nourrit l’humilité car elle nous oblige à descendre de notre orgueil, elle nous rend enfin la vue : Nous sommes petits. Elle nous amène vers cette vérité : Sans Dieu, notre vie tombe en ruines.
Et c’est peut-être cela, le mystère discret de la croix : elle ne nous écrase pas pour nous anéantir, elle nous abaisse pour nous rendre capables d’aimer autrement. L’humilité ne s’arrache pas par volonté ; elle germe là où nous consentons à être petits. La croix devient alors non plus un poids, mais un passage.
La croix change de visage. Elle ne vient plus seulement blesser, mais ouvrir un chemin. Le chemin du consentement : accepter de ne pas être tout-puissant, accepter de ne pas être au centre. Dire simplement : « Je suis petite, et c’est ainsi. » La croix n’est plus un mur, mais un lieu où le cœur apprend à aimer sans se défendre, à vivre sans se durcir, à avancer sans tout contrôler.
Et face aux rejets que nous pouvons vivre par exemple, Croix souvent récurrente dans nos vies, plutôt que de penser à soi et à sa peine, plutôt que de savourer sa tristesse, se tourner vers Jésus : « C’est toi Seigneur qui le permet, c’est toi qui le souffres en premier, je veux te consoler en t’offrant cette souffrance unie à celle de Marie. Je compatis à ta propre peine et je t’aime ».
Cette façon là de vivre la croix nous unit à Dieu, et c’est bien là tout le secret de la croix.
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