« Ce qui a été aimé une fois ne peut jamais être entièrement perdu. »
Christian Bobin
Faire le deuil d’un amour
Faire le deuil d’un amour, ce n’est pas seulement accepter une absence. C’est apprendre à vivre avec une blessure qui palpite encore, parfois longtemps, parfois sans prévenir. Il y a cette douleur qui cogne à la porte du cœur, à toute heure du jour ou de la nuit. Une parole, un souvenir...
Alors, dans le silence intérieur, je ferme les yeux. J’offre. J’essaie de ne pas fuir ce qui me traverse. Je présente cette souffrance au Christ, comme on dépose un fardeau trop lourd. Lui aussi sait ce que c’est que de ne pas être aimé, d’être abandonné, incompris, rejeté.
À chaque vague de peine, il y a ce choix intérieur, discret mais décisif : offrir ou se replier. Offrir la douleur, prier pour la personne dont je dois faire le deuil, confier son visage, son histoire, ce lien qui n’est plus. Offrir à Dieu cet amour, à chacune de mes respirations.
Et surtout, détourner doucement le regard de ma propre blessure pour le poser sur celle du Christ. Penser à la peine du Christ plutôt qu’à la mienne. Croire, contre toute logique humaine, qu’en lui offrant ma souffrance, je peux le réconforter, Lui, le soulager, le consoler.
Ce mouvement-là est sans doute le plus difficile. Il y a une révolte légitime : « ce n’est pas juste, je n’ai pas mérité cela ». J’aimerais pleurer sans effort spirituel, chercher dans le Christ la consolation plutôt que de vouloir la lui donner.
Pourtant… il parait que c’est souvent en tentant de le consoler que quelque chose en nous commence, mystérieusement, à être consolé. J’ai beau savoir tout cela, la théorie est une chose, la mise en pratique en est une autre. Tout en moi crie de ne pas entrer dans une oblativité d’amour mais de me crisper sur ma perte.
Combien de temps dure un deuil ? Une psychiatre m’a dit un jour : « un an ». Un an pour traverser toutes les saisons de la perte. Peut-être.
Ce que je sais, c’est que depuis que ce deuil a commencé, il y a moins de joie, moins de lumière. Une saveur de la vie s’est retirée. Le goût de vivre est devenu plus discret, plus fragile. Comme si une part du cœur marchait en boitant.
Il peut être important, pour tous ceux qui vivent un deuil d’amour de se confier à la prière des uns et des autres. De laisser d’autres porter ce que je n’arrive plus à porter…
Méditer la Passion du Christ ne supprime pas la douleur, mais Il la rejoint. Surtout, il faut oser demander à Dieu la grâce nécessaire. Car sans lui, nous ne sommes capables de rien. Ni de consentir à ce qui est. Ni de penser à le consoler, Lui, plutôt que nous-mêmes.
Ni d’aimer encore. Ni de vivre pleinement. Ni de reprendre goût à la vie.
Un jour, la blessure deviendra moins brûlante. Elle restera, mais elle s’apaisera aussi. « Aimer, c’est consentir à disparaître un peu dans l’autre », écrivait Christian Bobin.
J’aimerai toute ma vie la personne partie de ma vie….
Et je ne dois pas regretter d’avoir aimé. Jamais, parce que nous sommes faits pour l’Amour.
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